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	<title>Le Regard de Claude Samuel</title>
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		<title>Les salons parisiens &#8211; Chopin, l’homme du jour &#8211; Chip chip  et George Sand &#8211;  Un hommage à Luciano Berio – le décès d’Henri Dutilleux</title>
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		<pubDate>Fri, 24 May 2013 12:18:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Geneviève Golaz</dc:creator>
				<category><![CDATA[Le Regard de Claude Samuel]]></category>

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		<description><![CDATA[&#160; Comment parler de Chopin au XXIe siècle ? Soit en s’extasiant sur une écriture pianistique dont on a longtemps méconnu le caractère novateur et, pour tout dire, prophétique ; soit, sans s’attarder sur les romances qui ont généreusement nourri quelques commentateurs attendris, quelques cinéastes à la larme facile, traquer les secrets de l’homme, cerner l’étrangeté du personnage, installer l’artiste dans le bain parisien dont il fut l’une des plus fascinantes vedettes pendant quelque dix-sept années.&#8230;]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>&nbsp;</p>
<p>Comment parler de Chopin au XXIe siècle ? Soit en s’extasiant sur une écriture pianistique dont on a longtemps méconnu le caractère novateur et, pour tout dire, prophétique ; soit, sans s’attarder sur les romances qui ont généreusement nourri quelques commentateurs attendris, quelques cinéastes à la larme facile, traquer les secrets de l’homme, cerner l’étrangeté du personnage, installer l’artiste dans le bain parisien dont il fut l’une des plus fascinantes vedettes pendant quelque dix-sept années. Avec son <i>Chopin, âme des salons parisiens</i>, que viennent d’éditer les Editions Fayard, c’est cette dernière option qu’a choisie le musicologue suisse Jean-Jacques Eigeldinger, dont l’irruption dans le domaine des <i>Valses</i>, <i>Nocturnes</i> et autres <i>Polonaises</i> ne date pas d’hier.</p>
<p><b>Un bataillon de Polonais</b><br />
Ah, quelle était belle cette époque louis-philipparde où les artistes les plus distingués du monde (c’est-à-dire les européens occidentaux) s’installaient joyeusement dans notre capitale, parlaient français, bien évidemment, et se retrouvaient trois fois par semaine pour faire de la musique ! Poussez une porte et, autour du piano Pleyel sur lequel improvise Chopin, vous croisez Delacroix, Pauline Viardot, le balto-russe Wilhelm von Lenz, l’allemand Henri Heine, Hector Berlioz, Franz Liszt, George Sand plus un bataillon de Polonais généreusement accueillis dans le pays des Droits de l’homme. Les salons prospèrent, le banquier Auguste Leo et Sophie, son épouse mélomane, comptent parmi les hôtes les plus généreux. On ne parle pas encore de « musique citoyenne ». Il y a moins de deux siècles, une éternité !</p>
<p>Chopin, qui était tout sauf flamboyant, qui ne détestait rien tant que les fracas publics, dont le corps malade faisait moins envie que pitié, Chopin fut d’emblée l’homme du jour. Arrivé à Paris le 5 octobre 1831, installé dans un petit appartement au quatrième étage, 27 boulevard Poissonnière, avec vue sur Montmartre et le Panthéon (« Beaucoup m’envient la vue, mais personne les escaliers… »), premier concert parisien dans les Salons Pleyel de la rue Cadet quatre mois plus tard — dans ce Paris surnommé «Pianopolis», où il fait bientôt fureur, ayant compris bien malgré lui que moins on se produit, plus on est attendu.</p>
<p><b>Un grrrrrand concert</b><br />
Berlioz, en 1837 : « …nous avons eu le plaisir rare et délicat d’entendre Chopin (…) Il n’aime guère à jouer dans les grandes salles, devant un public turbulent et mélangé ; ses qualités ne sont pas de celles qui imposent, pour ainsi dire, de vive force, l’admiration à la foule… » ; cinq ans plus tard : « Chopin se tient toujours à l’écart ; on ne le voit ni aux théâtres, ni dans les concerts. On dirait qu’il a peur de la musique et des musiciens. Tous les ans une fois, il sort de son nuage, et se fait entendre quelques instants dans le salon de Pleyel »…</p>
<p>Et, avant le fameux concert de mai 1842, George Sand écrit à son amie Pauline Viardot : « Une grande, grandissime nouvelle c’est que le petit Chip Chip va donner un grrrrrand concert. Ses amis le lui ont tant fourré dans la tête qu’il s’est laissé persuadé. Cependant il se flattait toujours que cela serait si difficile à arranger, qu’on y renoncerait. Les choses ont été plus vite qu’il ne croyait (&#8230;) et l’on ne peut rien voir de plus drôle que le méticuleux et irrésolu Chip Chip, obligé de ne plus changer d’avis »…<br />
&nbsp;</p>
<div id="attachment_2101" class="wp-caption alignnone" style="width: 956px"><a href="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/05/gravure.png"><img class="size-full wp-image-2101" alt="Musique dans les salons, comme aimait la pratiquer Chip Chip" src="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/05/gravure.png" width="946" height="620" /></a><p class="wp-caption-text"><i>Musique dans les salons, comme aimait la pratiquer</i> « Chip Chip »</p></div>
<p><b>Une parole aérienne</b><br />
Oui, Sand l’appelait « Chip chip », le marquis de Custine (l’homme du voyage en Russie) « Chopinet », Berlioz « Chopinetto », il était <i>pâle, étique, souffrant</i> (dixit Camille Pleyel) mais transfiguré devant un clavier. « L’homme tout entier n’était qu’un souffle, un être plus spirituel qu’incarné et, comme son jeu, pure harmonie. Sa parole aussi était semblable à son art : douce, aérienne, bruissante » (Sophie Leo)…</p>
<p>Jean-Jacques Eigeldinger nous apprend aussi que notre <i>Chip chip</i> était un joyeux compagnon, doté d’un sens aigu de l’imitation, avec ou sans piano. Une soirée avec Chopin s’achevait volontiers par quelques « polichonades ». Heureuse époque ?!</p>
<p><b>Un hommage</b><br />
Il y a dix ans, très précisément le 27 mai 2003, Luciano Berio quittait ce monde. Il fait partie de cette génération de compositeurs inventifs qui ont tourné la page d’un académisme épuisé après la dernière guerre. Moins dogmatique que Stockhausen, moins radical que Boulez, il sut donner un petit air italien à la révolution des années cinquante ; c’est alors que je l’ai rencontré, au « Studio di fonologia » de Milan où il inventait des sons nouveaux en compagnie de son aîné et mentor, Bruno Maderna.</p>
<p>Il fit bientôt partie de ma famille musicale et je le revois à Londres, à Spoleto (pour le Festival de Menotti), à New-York (où, par hasard, nous nous retrouvâmes voisins de chambre en 1975), à Salzbourg pour la création du <i>Re in Ascolto </i>dix ans plus tard. En 1969, il fut l’un des grands invités du Festival de Royan où nous présentâmes, en première européenne, la <i>Sinfonia</i> (version quatre mouvements) que Leonard Bernstein avait créée à New York quelques mois auparavant. Huit ans plus tard, il faisait partie du jury du premier Concours Rostropovitch aux Rencontres de La Rochelle, et agaça prodigieusement Slava avec ses retards (mais il avait choisi d’habiter l’île de Ré et ratait le bac, la fantaisie italienne…)</p>
<p>Un peu mauvaise tête, cet homme charmant n’était pas facile. Il fut, bien sûr, un des compositeurs invités du Centre Acanthes — en juillet 1983, au Conservatoire d’Aix-en-Provence où il fallut pousser les murs pour accueillir 180 stagiaires, un record ; son ami, le peintre Valério Adami était là, nouvelle amitié toujours vivante… Puis, nos dernières rencontres : dans la résidence de Radicondoli, en Toscane, pour préparer sa participation au festival de Radio France, <i>Présences,</i> où dix-neuf de ses œuvres (dont quatre de ses fameuses <i>Sequenzae, </i>au répertoire aujourd’hui de tous les jeunes interprètes) furent données du 7 au 27 février 1997…</p>
<p>Mille anecdotes : ah ! ces plats de pâtes qu’il nous préparait dans notre maison d’Aix !<br />
&nbsp;</p>
<p><b>Petit aperçu de mon album de souvenirs </b><br />
&nbsp;</p>
<div id="attachment_2105" class="wp-caption alignnone" style="width: 989px"><a href="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/05/Berio-à-Venise.jpg"><img class="size-full wp-image-2105" alt="1959 – Berio est au programme du premier concert auquel  j’assiste à la Fenice de Venise dans le cadre du XXIIe  Festival international de musique contemporaine   " src="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/05/Berio-à-Venise.jpg" width="979" height="1295" /></a><p class="wp-caption-text"><em>1959 – Berio est au programme du premier concert auquel j’assiste à la Fenice de Venise dans le cadre du XXIIe Festival international de musique contemporaine</em></p></div>
<div id="attachment_2103" class="wp-caption alignnone" style="width: 949px"><a href="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/05/AVEC-Rostropovitch-1ABACF.jpg"><img class=" wp-image-2103" alt=" 1977 – Rencontres internationales d’art contemporain de La Rochelle – Rencontre au sommet : Berio - Rostropovitch - Première française d’Il Ritorno degli Snovidenia" src="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/05/AVEC-Rostropovitch-1ABACF.jpg" width="939" height="713" /></a><p class="wp-caption-text"><em>1977 – Rencontres internationales d’art contemporain de La Rochelle. Rencontre au sommet : Berio – Rostropovitch – Première française d’ &#8220;Il Ritorno degli Snovidenia&#8221;</em></p></div>
<div id="attachment_2106" class="wp-caption alignnone" style="width: 945px"><a href="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/05/Berio-et-Samuel.png"><img class="size-full wp-image-2106" alt="1997 – J’accueille mon ami Luciano au &quot;Festival Présences&quot; de Radio France, dont il est l’un des grands invités." src="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/05/Berio-et-Samuel.png" width="935" height="642" /></a><p class="wp-caption-text"><em>1997 – J’accueille mon ami Luciano au &#8220;Festival Présences&#8221; de Radio France, dont il est l’un des grands invités.</em></p></div>
<p><b>Dernière minute</b><br />
L’un des derniers <i>Grands</i> du XXe siècle vient de disparaître : Henri Dutilleux est mort avant-hier à l’âge de 97 ans. Il appartenait à cette génération qui précéda inconfortablement l’irruption du modernisme de l’immédiat après-guerre. Pourtant, au cours d’une évolution spectaculaire, lucidement (je dirai même courageusement) assumée, entre post-ravélisme et sérialisme, il trouva, au fil des années, son propre langage et, sans l’annoncer explicitement, il renvoya aux vieilles lunes sa <i>Première Symphonie</i> (1951), son ballet <i>Le Loup</i> (1953) composé pour la Compagnie Roland-Petit et même sa <i>Sonate pour piano</i>, le cadeau du musicien à la pianiste Geneviève Joy, son épouse, décédée en 2009.</p>
<p>Pendant cette longue période, il fut à la fois témoin et acteur de la production musicale contemporaine. Témoin actif, peut-on dire, car il suivait avec la plus grande attention et sympathie les productions de la nouvelle génération. Acteur à sa façon, qui œuvrait dans la finesse et le perfectionnisme plus que dans le tumulte. Chaque note, chaque nuance, chaque sonorité était scrupuleusement réfléchie, soupesée, si besoin rectifiée ; ainsi pratiquait-il la rigueur de l’écriture, mais pas le dogmatisme de la pensée. Et, tout en même temps, dans le doute, révélateur d’un caractère, où, et pas seulement dans le registre de la composition, le volontarisme côtoyait l’indécision.</p>
<p><b>Les autres…</b><br />
Sa parole était rare, toujours généreuse : au cours de nombreuses interviews où je tentais de le pousser dans ses retranchements, j’eus mille difficultés à le faire parler de lui ; après quelques minutes d’entretien, il revenait toujours aux autres, et, avant tout, aux jeunes compositeurs, démarche caractéristique mais curieuse pour un homme qui ne pratiqua pas activement la pédagogie — sinon au cours de quelques académies, dont le Centre Acanthes dont il fut l’invité, en compagnie de Witold Lutoslawski en juillet 1979.</p>
<p>Ces scrupules expliquent la brièveté d’une œuvre, sans faiblesses, sans complaisance, sans ratures, expliquent aussi pourquoi il ne composa jamais l’opéra attendu, malgré un désir affiché et une commande officielle… Œuvres majeures : la <i>Deuxième Symphonie « Le Double »</i>, les <i>Métaboles</i>, <i>Tout un monde lointain</i> pour violoncelle et orchestre (pour Rostropovitch), <i>L’Arbre des songes</i> pour violon et orchestre (pour Isaac Stern), <i>Ainsi la nuit</i> pour quatuor à cordes, <i>Timbres, espace, mouvement</i>, <i>Le Mystère de l’instant</i>, <i>Les Citations</i>, <i>Le temps de l’horloge</i>… Courte liste, mais des dizaines d’enregistrements vous tendent les bras !<br />
<br />
<div id="attachment_2107" class="wp-caption alignnone" style="width: 945px"><a href="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/05/Henri-Dutilleux-1980.jpg"><img class="size-full wp-image-2107" alt="Le jour où Henri Dutilleux, vainquant sa réserve naturelle, voulut bien poser pour moi, le long de la Seine, à deux pas de sa résidence de l’île Saint-Louis." src="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/05/Henri-Dutilleux-1980.jpg" width="935" height="603" /></a><p class="wp-caption-text"><em>Le jour où Henri Dutilleux, vainquant sa réserve naturelle, voulut bien poser pour moi, le long de la Seine, à deux pas de sa résidence de l’île Saint-Louis.</em></p></div></p>
<p><b>Une belle âme</b><br />
J’ai la chance de conserver dans mes archives une correspondance manuscrite (qualité rare aujourd’hui, et quelle superbe calligraphie !). Première lettre datée du 1<sup>er</sup> janvier 1957. La dernière, du 28 décembre 2009. Longue lettre du 19 mai 1969, en réponse à un article où, en pleine période de conflit esthétique, j’avais (maladroitement, je l’accorde), expliqué qu’Henri Dutilleux était une sorte de caution entre les mains du clan anti-Boulez. « Je ne savais pas que « les éternels adversaires de Pierre Boulez » vantaient mes mérites « à longueur d’année » (…) Je ne me croyais pas capable d’inspirer un tel fanatisme. Il m’est donc pénible de me voir associé par vos soins — et malgré moi — aux détracteurs d’un artiste que j’estime, comme s’ils devaient être obligatoirement mes «supporters» ! Je n’ai jamais fait chorus avec eux… »</p>
<p>Cher Henri, vous étiez un grand artiste, un homme de convictions, et une belle âme !<br />
</br><br />
</br><br />
<i><a href="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/04/banner_diapason_613.gif"><img class="size-full wp-image-2052 alignleft" alt="banner_diapason_613" src="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/04/banner_diapason_613.gif" width="120" height="157" /></a><i>Retrouvez la chronique de Claude Samuel dans la revue </i></i>Diapason<i> <i>de mai :</i></i></p>
<p>« Ce jour-là : 13 avril 1742 – La création du Messie<i>» </i></p>
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		<title>Strauss à l’Athénée &#8211; La Zerbinette de Julie Fuchs &#8211; Maxime Pascal, jeune chef du Balcon &#8211; Retour annoncé de la Flûte &#8211; Congrès à Tel Aviv &#8211; Le raz de marée asiatique &#8211; Bravo, Edgar Moreau !</title>
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		<pubDate>Fri, 17 May 2013 11:32:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Geneviève Golaz</dc:creator>
				<category><![CDATA[Le Regard de Claude Samuel]]></category>
		<category><![CDATA[Strauss à l’Athénée]]></category>

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		<description><![CDATA[&#160; « L’opéra autrement », c’est une idée, avec exemples à l’appui, que j’avais lancée dans les années quatre-vingt, façon de montrer que la recette théâtre + musique n’aboutissait pas nécessairement (et exclusivement) aux luxueuses productions que l’argent public offre généreusement à nos chères (!) maisons d’opéras. Une idée dans l’air, si j’ose dire, que Peter Brook avait déjà brillamment illustrée au Théâtre des Bouffes du Nord avec la Tragédie de Carmen ; des ouvrages nouveaux sont alors&#8230;]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>&nbsp;</p>
<p>« L’opéra autrement », c’est une idée, avec exemples à l’appui, que j’avais lancée dans les années quatre-vingt, façon de montrer que la recette théâtre + musique n’aboutissait pas nécessairement (et exclusivement) aux luxueuses productions que l’argent public offre généreusement à nos chères (!) maisons d’opéras. Une idée dans l’air, si j’ose dire, que Peter Brook avait déjà brillamment illustrée au Théâtre des Bouffes du Nord avec la <i>Tragédie de Carmen</i> ; des ouvrages nouveaux sont alors nés, auxquels le Festival d’Avignon donna un bel élan.</p>
<p>Comment ne pas penser à cet « Opéra autrement » en assistant, cette semaine, à la représentation d’<i>Ariadne à Naxos </i>au Théâtre de l’Athénée ? L’œuvre de Richard Strauss (et d’Hugo von Hofmannsthal) y est présentée dans son intégralité (près de deux heures de musique) et, malgré la relative exiguïté de cette charmante salle, dans l’effectif instrumental prévu par le compositeur, et sa grande douzaine de rôles. « Version de concert », annonce le programme, mais version de concert, astucieusement bousculée, jouée avec toutes les ressources de la comédie et de l’émotion, sans décors, sans costumes d’époque, mais non sans animation, grâce à la mise en scène de Benjamin Lazar et à la scénographie d’Adeline Caron et de Baptiste Joxe (qui m’indiquera la différence entre « mise en scène » et « scénographie » ?).</p>
<p><b>Pas bégueule !</b><br />
La recette met sans doute mieux en valeur l’ironie du prologue que le lyrisme de l’acte (qui m’a toujours paru un peu longuet, je l’avoue…) ; c’est la victoire de Zerbinette, d’autant que le rôle est tenu ici par Julie Fuchs, l’une des chanteuses les plus pétulantes de la nouvelle génération — irrésistible sur la scène de Favart, il y a quelques mois, dans <i>Ciboulette</i> de Reynaldo Hahn. Mais ils sont tous épatants, ces jeunes comédiens qui miment avec un plaisir évident des scènes joliment suggestives. Non, Strauss n’était pas bégueule !</p>
<p>Quant à l’orchestre de Strauss, il est ici entre les mains de Maxime Pascal, un jeune chef qu’à la tête de l’Ensemble <i>Le Balcon</i>, j’ai déjà eu l’occasion de remarquer ; je me souviens notamment d’une belle soirée Boulez dans les salons de la Fondation Singer-Polignac ; or, pour cette <i>Ariadne </i>hors du commun, les musiciens du Balcon sont tout simplement somptueux. Ils maintiennent une tension permanente, font alterner les effusions et les explosions avec une vigueur et une fraîcheur dont nos orchestres traditionnels, malgré tout leur savoir-faire, ne font pas toujours preuve.</p>
<div id="attachment_2083" class="wp-caption alignnone" style="width: 907px"><a href="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/05/Maxime-Pascal.jpg"><img class="size-full wp-image-2083" alt="Maxime Pascal, chef fougueux… (D.R.)" src="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/05/Maxime-Pascal.jpg" width="897" height="599" /></a><p class="wp-caption-text">Maxime Pascal, chef fougueux… (D.R.)</p></div>
<p><b>Le délire</b><br />
S’il reste encore quelques places disponibles pour la représentation de ce vendredi, ou pour les deux dernières du week-end, ne ratez pas cette occasion — mardi dernier, au Théâtre de l’Athénée, ce fut un véritable délire, comme si une diva avait créé l’extase dans le plus convenu des théâtres d’opéras.</p>
<p>Enfin, toujours dans la même veine, c’est de nouveau Peter Brook qui officiera prochainement au Théâtre des Bouffes-du-Nord (28 juin au 31 juillet) pour la reprise d’une <i>Flûte enchantée </i>« librement adaptée ». En cette période de crise, vive l’Opéra autrement !</p>
<p><b>Chine en tête…</b><br />
Le congrès annuel de la Fédération mondiale des Concours de musique vient de se tenir à Tel Aviv, siège du fameux Concours de piano Arthur Rubinstein. Pendant de longues années, j’ai eu le privilège d’y représenter les Concours de la Ville de Paris (Rostropovitch, Messiaen, Rampal, Solal, etc.) auxquels les élus de la Ville ont donné le coup de grâce l’année dernière. Donc, le Concours Long-Thibaud étant, de surcroît, inscrit aux abonnés-absents depuis plusieurs années, Paris n’a pas participé à cette manifestation internationale, où se retrouvent quelque cent-vingt concours (sur quinze cents) triés sur le volet. Aucun autre représentant français, d’ailleurs, n’a fait le voyage cette année. Nos pouvoirs publics n’ont jamais mis beaucoup d’acharnement pour défendre les compétitions musicales, malgré toutes les envolées politiques en faveur de la jeunesse. En revanche, sur la liste des compétitions représentées à Tel Aviv, j’ai compté six villes allemandes. La surprise : sept compétitions asiatiques, Chine en tête, Japon et Corée. C’est Jacques Attali qui, auteur de<i> Bruits </i>(Ed. Fayard), m’expliqua un jour que la musique était toujours un bon signe pour annoncer le politique…</p>
<div id="attachment_2084" class="wp-caption alignright" style="width: 205px"><a href="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/05/edgar_moreau.jpg"><img class="wp-image-2084 " alt="Couronné à Moscou ! (D.R.)" src="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/05/edgar_moreau.jpg" width="195" height="295" /></a><p class="wp-caption-text">Couronné à Moscou ! (D.R.)</p></div>
<p><b>Edgar, 19 ans</b><br />
Mais la bonne, l’excellente nouvelle, c’est le magnifique Deuxième Prix décerné par le jury du fameux Concours de Moscou au jeune violoncelliste français Edgar Moreau (dix-neuf ans) que le jury du dernier Concours Rostropovitch avait déjà remarqué (« Prix du jeune soliste ») en 2009.</p>
<p>En cas de réception officielle, je tiens ses coordonnées à la disposition du maire de Paris et de la Ministre de la Culture. Tout de même, pas de manif du côté de Chaillot !<br />
</br><br />
</br></p>
<p><i><a href="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/04/banner_diapason_613.gif"><img class="size-full wp-image-2052 alignleft" alt="banner_diapason_613" src="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/04/banner_diapason_613.gif" width="120" height="157" /></a><i>Retrouvez la chronique de Claude Samuel dans la revue </i></i>Diapason<i> <i>de mai : <br />
« Ce jour-là&nbsp;: 13 avril 1742 – La création du Messie</i> <i>» </i></i></p>
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		<title>Le marché du disque &#8211; Charles Cros et Thomas Edison &#8211; Schumann par Yves Nat &#8211; Chostakovitch &#8211; Michel Garcin et Bernard Coutaz &#8211; La presse toulousaine</title>
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		<pubDate>Fri, 03 May 2013 11:11:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Geneviève Golaz</dc:creator>
				<category><![CDATA[Le Regard de Claude Samuel]]></category>
		<category><![CDATA[Le marché du disque]]></category>

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		<description><![CDATA[&#160; Label en péril : il s’agit aujourd’hui d’Harmonia Mundi, dont la belle aventure aura duré un grand demi-siècle. C’est, en effet, au tour du plus ancien éditeur phonographique français indépendant de la musique classique d’affronter la tourmente : plan social, restructuration de la société, pétition des personnels. Réponse de la direction : « La chute du marché du disque (- 71% en onze ans), les changements de comportement des consommateurs (téléchargement, achat en ligne) ne nous permettent&#8230;]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>&nbsp;<br />
Label en péril : il s’agit aujourd’hui d’<i>Harmonia Mundi</i>, dont la belle aventure aura duré un grand demi-siècle. C’est, en effet, au tour du plus ancien éditeur phonographique français indépendant de la musique classique d’affronter la tourmente : plan social, restructuration de la société, pétition des personnels. Réponse de la direction : « La chute du marché du disque (- 71% en onze ans), les changements de comportement des consommateurs (téléchargement, achat en ligne) ne nous permettent plus de préserver notre équilibre financier avec notre organisation actuelle. »</p>
<p><b>Mission impossible</b><br />
On ne sait pas encore si notre sauveur national et Ministre du redressement productif se rendra au Mas de Vert, dans la bonne ville d’Arles, où <i>Harmonia Mundi</i> (après Paris et Saint Michel l’Observatoire) est installé depuis 1986, pour une mission impossible. Si les politiques se battaient pour sauver la musique de Marc-Antoine Charpentier ou de Pierre Boulez, cela se saurait. Il est vrai que pour <i>Harmonia Mundi</i>, comme pour toute l’activité discographique classique, le cycle « grandeur et décadence » aura été plutôt rapide.<br />
&nbsp;<br />
<div id="attachment_2067" class="wp-caption alignnone" style="width: 460px"><a href="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/05/CHAR_801298_SA__13339__01152009113132-9354.jpg"><img class="size-full wp-image-2067" alt="« Bill » Christie, une histoire d’amour avec Harmonia Mundi " src="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/05/CHAR_801298_SA__13339__01152009113132-9354.jpg" width="450" height="450" /></a><p class="wp-caption-text">« Bill » Christie, une histoire d’amour avec Harmonia Mundi</p></div></p>
<p><i></i><i></i><b>Le poète et le clergé</b><br />
Petit rappel historique :<br />
1877 : Charles Cros (1842-1888), un poète, dépose à l’Académie des Sciences le mémoire dans lequel il décrit le «paléophone», tandis que l’Américain Thomas Alva Edison (1847-1931) met au point son «phonogramme». Le 11 octobre de cette même année, l’abbé Lenoir emploie le mot «phonographe» dans <i>La Semaine du Clergé</i>.<br />
1905 : le disque remplace le cylindre.<br />
1913 : Arthur Nikisch dirige le premier enregistrement de la<i> Cinquième Symphonie </i>de Beethoven.<br />
1927 : la vitesse de rotation des disques est fixée à 78 tours-minute.<br />
1948 : premiers enregistrements « haute fidélité » gravés en France et, le 21 juin, la présentation à New York du premier enregistrement « longue durée », où l’on passe d’un seul coup de cinq minutes à une demi-heure par face.<br />
<b>1958 : création d’<i>Harmonia Mundi</i></b><br />
1978 : invention du disque compact (CD) par <i>Philips</i> et <i>Sony Corporation</i>. Le nouveau produit sera mis sur le marché quatre ans plus tard. Parmi les premiers albums, la <i>Symphonie alpestre</i> de Strauss par Karajan et la Philharmonie de Berlin.</p>
<p><b>Ça gratte un peu…</b><br />
Tout bon mélomane se souvient de son premier vinyle, religieusement préservé, sinon de son premier CD. Pour moi, ce fut un Schumann (la <i>Fantaisie</i> et les <i>Etudes symphoniques</i>) sous les doigts d’Yves Nat, publié par la marque mythique des <i>Discophiles français</i>, disque (n° DF 56) que je réécoute en écrivant ces quelques lignes ; ça gratte un peu, oui, et la pochette bleu de Prusse est un peu décollée mais le son est merveilleux et on n’a guère fait mieux en matière schumanienne.</p>
<p>C’était le temps où, à Paris, les grands labels étaient luxueusement installés dans le quartier des Champs-Elysées : <i>Pathé-Marconi</i>, <i>Philips</i>, <i>Decca</i> et <i>Rca</i>, et même le <i>Chant du Monde</i>, bras armé de la production soviétique où, pour la première fois, j’aperçus autour des petits fours l’illustre Chostakovitch. Les disques <i>Véga</i> occupaient une sorte d’hôtel particulier avec escalier monumental, à l’angle de la rue Beaujon et de l’avenue Hoche, où j’ai tenté d’œuvrer en faveur du répertoire contemporain pendant une quinzaine de mois. En face des grosses machines, dont les décisions artistiques se prenaient à Hambourg, Londres ou New York, les Français poussaient modestement quelques pions : <i>Erato</i>, qui donna dans le baroque avant que ce soit la mode, et dont le directeur artistique a laissé un nom dans l’histoire du disque : Michel Garcin.</p>
<p><b>L’entrepreneur</b><br />
Quant à <i>Harmonia Mundi</i>, il est également l’histoire d’un homme, un vrai patron, ce que l’on nomme aujourd’hui un «entrepreneur» : Bernard Coutaz, qui quitta ce monde le 26 février 2010. Il réussit à fidéliser dans son catalogue des personnalités avant leur «starisation», tel Alfred Deller ou William Christie et, tout en même temps, instilla un peu d’avant-garde dans sa production. C’était un vrai bagarreur, qui n’aimait rien tant que ruer dans les brancards. Constatant que la Fnac ne s’intéressait guère à ses menus travaux, notant que les disquaires du coin, souvent mélomanes et de bons conseils, fermaient leurs portes les uns après les autres, il créa progressivement ses propres boutiques (quarante-cinq en France, trois en Espagne), modestes structures de type convivial réparties en France où ses productions voisinaient avec les quelques petits labels dont il assurait la distribution — musiques pour happy few (« chez moi, me dit-il un jour, on ne trouve pas la <i>Cinquième</i> de Beethoven »… ). Quel luxe !<br />
&nbsp;</p>
<div id="attachment_2068" class="wp-caption alignnone" style="width: 470px"><a href="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/05/Bernard-Coutaz.jpg"><img class="size-full wp-image-2068" alt="Bernard Coutaz, l’homme des quarante-cinq boutiques" src="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/05/Bernard-Coutaz.jpg" width="460" height="276" /></a><p class="wp-caption-text">Bernard Coutaz, l’homme des quarante-cinq boutiques (DR)</p></div>
<p><b>Et le progrès ?&#8230;</b><br />
Hélas, le discophile des années 2000 considère apparemment qu’il est plus facile de passer commande sur son écran, ou de fouiller, hors conseils avisés, dans une grande surface. On n’arrête pas le progrès…</p>
<p>En février, <i>Harmonia Mundi</i> annonçait la fermeture de quinze boutiques et la suppression de trente-huit emplois sur cent soixante-et-onze. Le mois dernier, la presse toulousaine s’est inquiétée : la boutique de la rue Gambetta est dans la charrette…</p>
<p>La musique classique, vivante ou enregistrée, n’est pas une cause nationale. On ne pleure pas, me direz-vous, parce que les marchands de cravates ne font plus d’affaires. Je garde mes anciennes cravates. Conservez vos CD, et plus encore vos vinyles dans leurs somptueux coffrets, objets de culture en voie de disparition…</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><i><a href="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/04/banner_diapason_613.gif"><img class="size-full wp-image-2052 alignleft" alt="banner_diapason_613" src="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/04/banner_diapason_613.gif" width="120" height="157" /></a><i>Retrouvez la chronique de Claude Samuel dans la revue </i></i>Diapason<i> <i>de mai : « Ce jour-là : 13 avril 1742 – La création du Messie</i> <i>» </i></i></p>
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		</item>
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		<title>Un jour, la radio &#8211; Une citadelle bien gardée &#8211; Et le Tour de France – Dustin Hoffman et Dame Gwyneth Jones &#8211; Messiaen, Eluard et Breton &#8211; Polémiques au Louvre</title>
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		<pubDate>Fri, 26 Apr 2013 11:59:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Geneviève Golaz</dc:creator>
				<category><![CDATA[Le Regard de Claude Samuel]]></category>
		<category><![CDATA[La Maison de la Radio]]></category>

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		<description><![CDATA[&#160; La Maison de la Radio : une adresse dans les beaux quartiers, entre Auteuil et Passy. La Maison de la Radio : un bâtiment inauguré en 1963 par le Général de Gaulle, président de la République. Alain Peyrefitte, alors Ministre de l’Information, raconte dans ses souvenirs que le Général le reçut à l’Elysée la veille de l’inauguration : « Naturellement, Peyrefitte, lui dit-il, vous habiterez dans la Maison. » La Maison de la Radio, lieu de pouvoir où,&#8230;]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>&nbsp;</p>
<p>La Maison de la Radio : une adresse dans les beaux quartiers, entre Auteuil et Passy.</p>
<p>La Maison de la Radio : un bâtiment inauguré en 1963 par le Général de Gaulle, président de la République. Alain Peyrefitte, alors Ministre de l’Information, raconte dans ses souvenirs que le Général le reçut à l’Elysée la veille de l’inauguration : « Naturellement, Peyrefitte, lui dit-il, vous habiterez dans la Maison. »</p>
<p>La Maison de la Radio, lieu de pouvoir où, depuis un demi-siècle, tous nos politiques se sont exprimés, mais aussi nos savants, nos écrivains, nos artistes…</p>
<p>La Maison de la Radio, un bâtiment construit comme une citadelle avec une tour centrale protégée contre toute invasion insurrectionnelle, cernée en mai 1968 mais, je peux en témoigner, les portes étaient bien gardées.</p>
<p>La Maison de la Radio, mal conçue au départ, transformée aujourd’hui en un chantier interminable.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><b>Ambitions et frustrations</b><br />
<i>La Maison de la Radio</i>, un film (drôle de titre !) de Nicolas Philibert — pas un documentaire télé mais un long métrage que les Parisiens peuvent même voir dans une salle des Champs-Elysées. Ce que, personnellement, je ne leur conseille pas s’ils veulent vraiment comprendre ce qu’est la radio et pénétrer, plus précisément, dans les codes d’une grande radio publique : Radio France.</p>
<p>En effet, la caméra de Nicolas Philibert virevolte de bureau en studio sans évoquer la spécificité de ce dialogue mystérieux, sans effleurer les formidables richesses (en talent, en financement, en archives) de l’établissement, et moins encore ses lourdeurs, ses conflits épisodiques, les susceptibilités blessées, les ambitions et frustrations, les relations compliquées entre les personnels permanents (techniciens, administratifs) et les contractuels (producteurs d’émissions, directeurs de chaînes) qui, dans le temps qui leur est imparti, veulent imprimer leur trace. La cohabitation n’est pas toujours évidente.</p>
<p>Nicolas Philibert, qui a mis en boîte des centaines d’heures de tournage, nous fait assister à la conférence de rédaction, censée décider du contenu du Journal ; mêmes images et mêmes propos que dans toute conférence de rédaction d’un organe de presse. Nicolas Philibert nous entraîne dans la campagne sur la moto d’un reporter du Tour de France, la télé ne cesse de s’en charger. Où est la spécificité radiophonique, ce surgissement de voix invisibles partagées ?</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><b>Deux orchestres à Radio France</b><br />
La Maison de la Radio, haut lieu de la musique classique. A-t-on oublié de signaler à Nicolas Philibert que Radio France entretient deux orchestres symphoniques qu’à travers le temps les plus fines baguettes ont dirigés (depuis 1934 pour le National, 1938 pour le Philharmonique), et qu’aujourd’hui encore, malgré la rigueur des temps et les menaces qui pèsent sur leur avenir, ils participent activement à la vie musicale nationale, au-delà même de leur présence sur l’antenne ? Quelques instants captés pendant une répétition du Chœur n’est tout de même qu’un pis-aller, et je pense que le travail de la Maîtrise aurait fourni des images plus réjouissantes.</p>
<p>Si, d’aventure, Nicolas Philibert envisage de donner une suite à son exploration, je me permets d’émettre quelques suggestions : une incursion dans les lieux cachés de la Maison ; l’explication hiérarchique des bureaux et leur transformation rapide grâce à des parois mobiles : un à quatre modules (i.e. : une à quatre fenêtres) selon le grade ; une petite visite à la réunion hebdomadaire des hautes autorités dans la salle très solennelle du troisième étage ; et pourquoi pas un coup d’œil dans cette séance trimestrielle où les directeurs de chaînes découvrent, avec sourires ou grimaces, le verdict des auditeurs selon Médiamétrie avant que des spécialistes du marketing concoctent un communiqué de victoire ; pas mal non plus : un Comité d’entreprise, haut moment de conflits à fleurets mouchetés ?</p>
<p>Bref, si Nicolas Philibert a voulu cerner la belle histoire d’un dialogue à l’aveugle, il a raté son coup ; et plus encore s’il a voulu recréer l’aventure de cette Maison inaugurée, en effet, par le Général de Gaulle le 14 décembre 1963 et où Alain Peyrefitte s’est bien gardé de s’installer…</p>
<p>&nbsp;</p>
<div id="attachment_2021" class="wp-caption alignleft" style="width: 152px"><a href="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/04/Jones-Gwyneth-03.jpg"><img class=" wp-image-2021     " alt="Gwyneth Jones, à l’écran - magnifique retraitée" src="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/04/Jones-Gwyneth-03.jpg" width="142" height="203" /></a><p class="wp-caption-text">Gwyneth Jones, à l’écran &#8211; magnifique retraitée</p></div>
<p><b>Le bonheur</b><br />
En cet avril frisquet et volontiers pluvieux, l’écran propose aux mélomanes d’autres plaisirs. Ne pas manquer <i>Quartet</i>, le film de Dustin Hoffman, visite d’une maison de retraite pour artistes musiciens dans la campagne anglaise, où l’amour de l’art survit aux dégâts du grand âge, où la nostalgie est plus douce qu’amère. Une heure et demie de bonheur !</p>
<p>Et parmi des comédiens et comédiennes qui tiennent à merveille un rôle de composition, on reconnaît Dame Gwyneth Jones, jadis Brünnhilde, Isolde, Tosca, Elektra, toujours rayonnante.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><b>Les Indiens du Pérou</b><br />
Soirée Olivier Messiaen à l’Opéra-Comique ; pas un <i>Saint François</i> en miniature, mais l’un des trois grands cycles de mélodies : les <i>Harawi</i>, chant d’amour et de mort, composés à Petichet — résidence d’été du compositeur — au cours de l’été 1945. Une heure de musique aux contrastes violents sur le thème de Tristan, cher au cœur de l’auteur de la <i>Turangalîla</i>. Une prosodie heurtée, une ligne de chant tendue sur un texte du compositeur où rôdent les ombres de Paul Eluard et d’André Breton. Des couleurs, bien évidemment, des onomatopées, des vocables en langue <i>quechua </i>qui, comme chacun le sait, est parlée par les Indiens du Pérou.</p>
<p>Ces « scènes de théâtre en raccourci », selon la formule de Messiaen, sont donc devenues spectacle, mais sobrement, sur la scène de Favart. La cantatrice Karen Vourc’h et la pianiste Vanessa Wagner, toutes de blanc vêtues, évoluent, cernées par des points lumineux colorés où, faute de trouver des « spirales d’or et d’argent, sur fond de bandes verticales brunes et rouge rubis », ou des « feuillages vert clair et vert prairie, avec des taches de bleu, d’argent et d’orangée rougeâtre », on perçoit parfois tel violet, marque de fabrique du compositeur.</p>
<p>&nbsp;</p>
<div id="attachment_2030" class="wp-caption alignleft" style="width: 152px"><a href="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/04/Karen-Vourc-h.jpg"><img class="wp-image-2030               " alt="Karen Vourc’h. Favart avant Bayreuth ?" src="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/04/Karen-Vourc-h.jpg" width="142" height="208" /></a><p class="wp-caption-text">Karen Vourc’h. Favart avant Bayreuth ?</p></div>
<p><strong>Une habituée de Bayreuth</strong><br />
Vanessa Wagner est une magnifique pianiste qui domine parfaitement l’originalité d’une écriture toujours inventive, expressive. Quant à Karen Vourc’h, elle a non seulement le mérite de chanter par cœur, mais elle a répondu également au désir de Messiaen : une voix wagnérienne, et c’est à Marcelle Bunlet (1900-1991), une habituée de Bayreuth, qu’il confia la création de ses trois cycles, les <i>Poèmes pour Mi</i>, <i>les Chants de terre et de ciel</i> et les <i>Harawi.</i> Demander à Karen Vourc’h de rendre le texte intelligible est, hélas, mission impossible, comme le confirme l’enregistrement historique de Marcelle Bunlet (INA / Mémoire vive). Restent deux possibilités : éclairer suffisamment la salle pour que le spectateur puisse lire au fur et à mesure le texte imprimé dans le programme, ou projeter ce texte en surtitres. Deux pistes auxquelles l’équipe du spectacle (Jean-Philippe Clarac et Olivier Deloeuil) a renoncé. Dommage.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><b>Polémique</b> pour l’exposition <i>De l’Allemagne</i> du Louvre, dont j’ai dit (mon blog du 12 avril) les richesses et l’intérêt du propos. Et voilà que l’on se lance à la tête des arrière-pensées politiques, que l’on brandit des conflits d’un autre âge, que l’on se réfère au nazisme, que l’on y mêle Angela Merkel… Je constate aussi, dans tous les commentaires que j’ai lus, que nul ne fait allusion au formidable message musical qui nous a été envoyé depuis si longtemps d’Outre-Rhin. Chez nous, la musique (classique) compte vraiment pour quantité négligeable&#8230;<br />
&nbsp;</p>
<div id="attachment_2047" class="wp-caption alignnone" style="width: 799px"><a href="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/04/18-Friedrich_Femme-dans-le-soleil-du-matin.jpg"><img class="size-full wp-image-2047" alt="Caspar David Friedrich, Femme dans le soleil du matin © Museum Folkwang, Essen" src="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/04/18-Friedrich_Femme-dans-le-soleil-du-matin.jpg" width="789" height="567" /></a><p class="wp-caption-text">Caspar David Friedrich, Femme dans le soleil du matin © Museum Folkwang, Essen</p></div>
<p>&nbsp;</p>
<p><i><a href="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/04/banner_diapason_613.gif"><img class="size-full wp-image-2052 alignleft" alt="banner_diapason_613" src="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/04/banner_diapason_613.gif" width="120" height="157" /></a><i>Retrouvez la chronique de Claude Samuel dans la revue </i></i>Diapason<i> <i>de mai : « Ce jour-là : 13 avril 1742 – La création du Messie</i> <i>» </i></i></p>
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		</item>
		<item>
		<title>Humperdinck – Les frères Grimm – Encore Cosima &#8211; Anja Silja, « fille du Rhin des temps anciens – De Sibelius à Kaija Saariaho – « Le théâtre total » &#8211; Marie Vermeulin, entre Regards et Chants d’oiseaux</title>
		<link>http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/2013/04/19/humperdinck-les-freres-grimm-encore-cosima-anja-silja-fille-du-rhin-des-temps-anciens-de-sibelius-a-kaija-saariaho-le-theatre-total-ma/</link>
		<comments>http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/2013/04/19/humperdinck-les-freres-grimm-encore-cosima-anja-silja-fille-du-rhin-des-temps-anciens-de-sibelius-a-kaija-saariaho-le-theatre-total-ma/#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 19 Apr 2013 13:19:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Geneviève Golaz</dc:creator>
				<category><![CDATA[Le Regard de Claude Samuel]]></category>
		<category><![CDATA[Humperdinck]]></category>

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		<description><![CDATA[Wagner, qui l’appelait « Hümpchen », fut séduit par ce jeune musicien auquel il avait accordé un rendez-vous à Naples, le 9 mars 1880. Et il l’engagea, deux ans plus tard, en qualité d’assistant à Bayreuth pour la création de Parsifal. Compositeur, sa trace dans l’histoire de la musique sera modeste ; elle se résumera à un ouvrage immensément populaire de l’autre côté du Rhin, actuellement (et jusqu’au 6 mai) à l’affiche du Palais Garnier&#8230;]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left">Wagner, qui l’appelait « Hümpchen », fut séduit par ce jeune musicien auquel il avait accordé un rendez-vous à Naples, le 9 mars 1880. Et il l’engagea, deux ans plus tard, en qualité d’assistant à Bayreuth pour la création de <em>Parsifal</em>. Compositeur, sa trace dans l’histoire de la musique sera modeste ; elle se résumera à un ouvrage immensément populaire de l’autre côté du Rhin, actuellement (et jusqu’au 6 mai) à l’affiche du Palais Garnier : Engelbert Humperdinck, auteur d’<em>Hänsel et Gretel</em>, féérie en trois tableaux sur un livret d’Adelheid Wette (la propre sœur du compositeur), d’après l’un des plus fameux <em>Contes</em> des frères Grimm.</p>
<div id="attachment_1976" class="wp-caption alignleft" style="width: 277px"><a href="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/04/photo-Humperdinck.jpg"><img class=" wp-image-1976  " alt="Humperdink, du Saint Graal à la chambre d’enfants. Berlin, 1894" src="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/04/photo-Humperdinck.jpg" width="267" height="424" /></a><p class="wp-caption-text">Humperdink, du Saint Graal à la chambre d’enfants. Berlin, 1894</p></div>
<p style="text-align: left"><strong>L’Ordre du Saint Graal</strong><br />
Humperdinck qui milita parmi les «Chevaliers de l’Ordre du Saint Graal», resta toujours fidèle à la mémoire de son grand homme et, par référence à ce <em>Parsifal</em>, dont il avait même écrit quelques mesures, il qualifiera en toute humilité son <em>Hänsel et Gretel</em> de « Festival scénique sacré pour chambre d’enfants.»</p>
<p>Pourtant, Wagner est à mille lieux tant du sujet que de la partition. L’histoire de ces deux enfants égarés dans la forêt qui triomphent de la méchante sorcière serait bien futile pour l’auteur du <em>Crépuscule des dieux</em>. Quant à la musique, même si elle est parfois ponctuée de souvenirs wagnériens (quel compositeur allemand aurait pu s’en dégager à l’époque?), elle évoque plutôt Mendelssohn ou Weber. Elle est habilement écrite pour les voix (six voix féminines sur sept), et orchestrée sans rechercher l’innovation. Humperdinck, qui traitera les <em>Cinq Pièces pour orchestre</em> de Schoenberg de « musique de fous », n’était pas, contrairement à son idole, un avant-gardiste.</p>
<p>C’est Richard Strauss qui dirigera la création mondiale d’<em>Hänsel et Gretel</em>, à Weimar le 23 décembre 1893, dix ans (et quelques mois) après la mort de Wagner. On ajoutera qu’à Wahnfried, on suivit avec attention la carrière de notre Engelbert, à tel point que Cosima le chargera de l’éducation musicale de son fils Siegfried, dont le talent, on le constatera rapidement, n’était pas en rapport avec ses ambitions…</p>
<div id="attachment_1981" class="wp-caption alignleft" style="width: 276px"><a href="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/04/photo-Haensel-et-Gretel.jpg"><img class=" wp-image-1981 " alt="Quand une sorcière confectionne un gros gâteau ! © Opéra National de Paris / Monika Rittershaus" src="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/04/photo-Haensel-et-Gretel.jpg" width="266" height="406" /></a><p class="wp-caption-text">Quand une sorcière confectionne un gros gâteau !<br />© Opéra National de Paris / Monika Rittershaus</p></div>
<p><strong>La sorcière grignotte</strong><br />
Pour la présente production, l’Orchestre de l’Opéra est dirigé par Claus Peter Flor, dont je ne suis pas persuadé qu’il ait médité le conseil de Christoph von Dohnanyi, son collègue, lequel fut à l’œuvre, il y a une quinzaine d’années, pour le <em>Hänsel et Gretel</em> du Châtelet : « Prendre garde aux passages qui pourraient être lourds, les alléger, les éclairer » — une réflexion qui n’est pas non plus superflue pour Wagner. La mise en scène du Châtelet m’a laissé un vif et beau souvenir. Le travail de Marianne Clément à Garnier (décors et costumes de Julia Hansen) avec ses compartiments superposés pèche par sa complexité, et ne fait pas vraiment rêver. Regrettable pour un conte de fées. Sans détailler les indéniables qualités de la distribution vocale, j’aimerais saluer la présence impressionnante d’Anja Silja dans le rôle de la Sorcière Grignote ; elle était l’une des Filles du Rhin quand je découvris la <em>Tétralogie</em> à Bayreuth, en 1958. Quelle santé !</p>
<p>Aux mélomanes curieux privés de Garnier, je signale que l’on peut voir et entendre <em>Hänsel et Gretel</em> dans l’intégralité sur YouTube et, précieux document, retrouver la baguette de Sir Colin Davis, ce grand berliozien qui vient de quitter ce monde. C’est également un chef anglais qui nous offre un bel enregistrement de l’œuvre d’Humperdinck : Jeffrey Tate — avec trois dames prestigieuses : Anne-Sofie von Otter, Barbara Bonney et Barbara Hendricks.</p>
<p><strong>Du côté d’Helsinki</strong><br />
Sibelius est-il incontournable ? Est-il la référence absolue pour tout compositeur finlandais ? En tout cas, dans la série de concerts que la Cité de la Musique consacre cette semaine à la finlandaise Kaija Saariaho, native d’Helsinki mais de résidence parisienne depuis plus de trente ans, il se taille la part du lion. Choix d’autant plus singulier que Sibelius, considéré en France non sans raison comme un auteur particulièrement conservateur, patronne ainsi une représentante active de la création contemporaine, qui fit notamment ses classes à Darmstadt et à l’Ircam. Confrontation donc, ce soir vendredi, entre deux auteurs programmés par l’Orchestre Philharmonique de Radio France — avec, pour Sibelius, une œuvre reconnue : la <em>Septième Symphonie</em>.</p>
<div id="attachment_1984" class="wp-caption alignright" style="width: 275px"><a href="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/04/Photo-Saariaho.jpg"><img class="wp-image-1984 " alt="Kaija Saariaho, en duo avec Sibelius" src="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/04/Photo-Saariaho.jpg" width="265" height="343" /></a><p class="wp-caption-text">Kaija Saariaho, en duo avec Sibelius</p></div>
<p>Et puisque Sibelius nous renvoie à l’idée d’un temps long — mais guère plus de vingt minutes pour la <em>Septième</em> — nous avons eu un avant-goût de cette délicate gestion temporelle au cours de la première soirée du cycle : le ballet <em>Maa</em>, donné en création française, 90 minutes… Un ballet ? Certes, il y a un chorégraphe, une compagnie de danse, mais surtout, pendant de longues minutes, des évolutions de sourciers à la recherche de trésors improbables. C’est dommage, car la matière musicale imaginée par Kaija Saariaho n’est jamais indifférente, témoignant, en effet, d’un talent particulier pour développer de magnifiques soli de flûte, de harpe et de violoncelle, son instrument préféré. Mais malgré ces fugitifs moments de bonheur, il est bien difficile de supporter ces interminables superpositions où le visuel (projections colorées imaginées par Jean-Baptiste Barrière), le geste et le sonore sont associés sans raison apparente.</p>
<p>C’est, je le sais bien, dans l’air du temps ; personnellement je pense que chaque discipline doit défendre au plus haut niveau son pré carré. Il y a cent cinquante ans, Wagner parlait déjà de « théâtre total ». On comprit bientôt que sa musique n’avait pas besoin de ces béquilles.</p>
<div id="attachment_2000" class="wp-caption alignleft" style="width: 277px"><a href="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/04/disque-Vermeulin1.jpg"><img class=" wp-image-2000 " alt="disque Vermeulin" src="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/04/disque-Vermeulin1.jpg" width="267" height="242" /></a><p class="wp-caption-text">Nouveauté à paraître le 3 juin 2013 sur Qobuz</p></div>
<p><strong>Couleurs et silences</strong><br />
En 2007, la jeune pianiste Marie Vermeulin, brillante élève de Roger Muraro, obtenait un Deuxième Prix, Prix de l’Académie des Beaux-Arts, au Concours Olivier Messiaen. Toujours fidèle à la musique de Messiaen, elle vient d’enregistrer son premier disque sous le label <em>paraty</em> : les <em>Huit Préludes</em>, à la fois déjà si personnels mais si proches du langage debussyste, deux <em>Regards sur l’Enfant-Jésus</em> (dont le fulgurant <em>Esprit de joie</em>) et les rares <em>Petites Esquisses d’Oiseaux</em>. Le résultat est superbe : couleurs, vélocité, préservation des silences, dont on sait combien ils étaient chers au compositeur. Longtemps inscrite dans le champ réservé d’Yvonne Loriod, gardienne du temple dont les interprétations demeurent des références, l’œuvre pianistique de Messiaen est aujourd’hui entre les mains de nouvelles générations, dont Marie Vermeulin est une magnifique représentante.</p>
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<p><i><a href="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/04/couverture-diap.png"><img class=" wp-image-1962 alignleft" alt="couverture diap" src="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/04/couverture-diap.png" width="121" height="154" /></a>Retrouvez la chronique de Claude Samuel dans la revue </i>Diapason<i> d’avril : « Ce jour-là : 5 juillet 1913 &#8211; Lili Boulanger, premier Grand Prix de Rome »</i></p>
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		<title>Le violoniste de Prokofiev &#8211; Avis aux éditeurs ! &#8211; Charles Munch, David Oïstrakh, Jascha Heifetz &#8211; Madame de Staël et Henri Heine &#8211; La musique en famille &#8211; Des peintres à découvrir</title>
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		<pubDate>Fri, 12 Apr 2013 11:34:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Geneviève Golaz</dc:creator>
				<category><![CDATA[Le Regard de Claude Samuel]]></category>
		<category><![CDATA[Le violoniste de Prokofiev]]></category>

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		<description><![CDATA[Il est mort centenaire, le 22 octobre 1997, et l’on a oublié son nom. Violoniste, il créa le Deuxième Concerto pour violon de Prokofiev et eut le privilège de donner une série de récitals en la compagnie de l’illustre compositeur. Il s’appelle Robert Soëtens, ce qui indique les origines flamandes de ce natif de Montluçon. Lorsqu’il y a bien longtemps, je fis mes premières recherches sur Prokofiev, j’avais noté ce nom sans imaginer son histoire.&#8230;]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Il est mort centenaire, le 22 octobre 1997, et l’on a oublié son nom. Violoniste, il créa le <i>Deuxième Concerto pour violon</i> de Prokofiev et eut le privilège de donner une série de récitals en la compagnie de l’illustre compositeur. Il s’appelle Robert Soëtens, ce qui indique les origines flamandes de ce natif de Montluçon. Lorsqu’il y a bien longtemps, je fis mes premières recherches sur Prokofiev, j’avais noté ce nom sans imaginer son histoire. Trente ans plus tard, je reçus un appel dans mon bureau de Radio France : « Je suis violoniste, j’aimerais vous rencontrer. » Ayant pris l’habitude de répondre toujours positivement à ce genre de demandes, je fixai un rendez-vous. Arriva donc Robert Soëtens, un beau vieillard largement nonagénaire qui — comment pouvais-je l’imaginer ? — habitait à un petit quart d’heure de mon domicile.</p>
<p><b>Soliste aux Açores</b><br />
Il avait écrit ses souvenirs et sollicitait mon aide pour les faire publier — projet toujours en souffrance, mais il n’est pas trop tard (avis aux éditeurs !) pour livrer aux lecteurs mélomanes la relation d’un virtuose particulièrement atypique et très aventureux dont la carrière de soliste passa notamment, pas fréquent à l’époque, par l’Egypte, la Palestine, le Liban, l’Afrique du Sud, l’Iran, les Açores et l’île Maurice. Ce grand voyageur joua également <i>Tzigane</i> de Ravel (version piano-violon) avec l’auteur en Scandinavie ; et comme les voyages forment la jeunesse, il garda la forme jusqu’à un âge avancé et donna encore une master-class en Norvège deux mois avant son quatre-vingt-quinzième anniversaire.</p>
<div id="attachment_1930" class="wp-caption alignleft" style="width: 265px"><a href="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/04/Soetens.jpg"><img class="size-full wp-image-1930 " alt="Soetens" src="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/04/Soetens.jpg" width="255" height="349" /></a><p class="wp-caption-text">Robert Soëtens et l’attente d’un « quelque chose »…</p></div>
<p><b>Muet et stupéfait</b><br />
Mais le grand événement de sa vie fut sa rencontre avec Serge Prokofiev, qui nous a valu l’une des œuvres majeures de sa catégorie. Au départ, le hasard, naturellement ; la création à Paris des Concerts du Triton auxquels Prokofiev — encore parisien mais déjà un pied en Russie soviétique — avait bien voulu collaborer, en compagnie d’Henry Barraud, de Marcel Mihalovici, de Pierre-Octave Ferroud, pour des programmes de création ; et à l’occasion du concert d’inauguration, le Comité décida d’inscrire au programme de ce 16 décembre 1932 une œuvre de Prokofiev, quelques jours après sa « première » moscovite : la belle <i>Sonate pour deux violons, op. 56</i>. Le soliste (l’autre, non moins talentueux, avait été désigné par Stravinsky en la personne de l’Américain Samuel Dushkin) et le compositeur s’apprécièrent, et Prokofiev dit à Robert Soëtens : « Je vais écrire <i>quelque chose pour vous </i>! » — « J’en restais muet et stupéfait, car j’en mesurais l’importance, venant d’une signature renommée, déjà au sommet mondial des compositeurs. »</p>
<p>À chaque rencontre, Soëtens murmurait : « Où est <i>mon quelque chose</i> ? » Jusqu’au jour où Prokofiev lui annonça finalement son <i>Deuxième Concerto pour violon </i>! : « Cette fois, je n’en croyais pas mes oreilles… » La création mondiale eut lieu à Madrid le 1<sup>er</sup> décembre 1935, en présence de l’auteur. Puis ce fut à Paris, le 15 février 1936, sous la direction de Charles Munch, et Londres, Amsterdam, Berlin. Mais ni Moscou, où les autorités refusèrent à Prokofiev l’engagement d’un artiste occidental (et choisirent le jeune David Oïstrakh), ni New York, où officia l’illustre Jascha Heifetz.</p>
<p><b>Consolation</b><br />
Les plus célèbres violonistes ont enregistré le <i>Deuxième</i> de Prokofiev, d’Heifetz à Oïstrakh, en passant par Isaac Stern, Nathan Milstein, Itzhak Perlman, Schlomo Mintz, Zino Francescatti, Leonid Kogan… Mais pas le pauvre Soëtens. Consolation : il avait fait équipe avec Prokofiev pour une cinquantaine de récitals (Espagne, Portugal, Afrique du Nord, Prague) où ils jouèrent ensemble Beethoven, Haendel, Debussy, et Prokofiev.</p>
<p>Conclusion : la chance d’une vie peut être contrecarrée ici par la politique, là par le vilain capitalisme. Conclusion très personnelle : n’hésitons jamais à fouiller nos archives.</p>
<p><a href="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/04/Affiche-recadrée.png"><img class="alignnone size-full wp-image-1949" alt="Affiche recadrée" src="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/04/Affiche-recadrée.png" width="628" height="849" /></a><br />
<i>1936 &#8211; La création française à Pleyel</i><br />
&nbsp;</p>
<p><b><i>De l’Allemagne</i></b>, c’est donc le titre du fameux ouvrage de Madame de Staël (repris par Henri Heine, mais pour contredire notre écrivaine) que le Musée du Louvre a retenu pour sa nouvelle exposition, la dernière du règne brillant d’Henri Loyrette — titre complété par une mention chronologique : « 1800-1939, de Friedrich à Beckmann. » Un long parcours où l’on rencontre quelques artistes méconnus en France, mais aussi Goethe, précurseur dans ce domaine comme en bien d’autres. Quant aux musiciens, ils ne bénéficient que de cinq concerts ; c’est bien naturel puisqu’ils sont programmés chez nous à longueur d’année : Beethoven, Weber, Mendelssohn, Schumann, Wagner, Brahms, Richard Strauss et, si l’on veut, Max Bruch, Hugo Wolf, Max Reger, Paul Hindemith, sans omettre la branche germanique autrichienne : Bruckner, Mahler, Schoenberg, Berg, Webern, ce qui fait tout de même beaucoup de monde.</p>
<p><b>Plus de champagne pour Wagner</b><br />
D’où le cliché habituel : la peinture pour les Français, la musique pour les Allemands — cliché non dénué de fondements ; tout le monde sait qu’en Allemagne la musique se pratique en famille alors qu’en France, le piano n’est guère que l’élément décoratif de nos appartements. C’est, paraît-il, inscrit dans nos gênes. À la croisée des chemins, il y a Berlioz, la figure française dominante, mais bien isolée, du siècle romantique, qui ne fut pas ignoré de l’autre côté du Rhin, et Claude Debussy qui fit naturellement dans sa jeunesse le voyage de Bayreuth avant de tourner la page, non sans quelque insolence. Tout au long du XXe siècle, il y eut échanges et rivalités et, au moment de la guerre de 1870, l’exaspération nationaliste. Wagner, qui avait quelque raison de détester Paris, arrêta (momentanément) de passer ses commandes de champagne…</p>
<p><b>Cet animal de Gluck !</b><br />
Toujours Debussy : « La musique française veut avant tout faire plaisir. Couperin, Rameau, voilà de vrais Français ! Cet animal de Gluck a tout gâché »… En 1918, avec son <i>Coq et l’Arlequin</i>, Cocteau lui emboîtera le pas. Il fallut finalement attendre l’après-dernière guerre pour se retrouver à Darmstadt avec la jeune génération, et avec le public français qui, finalement, répondra positivement, bientôt dans l’enthousiasme, à la question : « Aimez-vous Brahms ? » Aujourd’hui, les Français sont brahmsiens, mahlériens, brucknériens, straussiens. Serait-ce le bon moment pour qu’ils découvrent aussi la peinture allemande ?</p>
<p>Les deux cents toiles exposées jusqu’au 24 juin au Musée du Louvre, à l’occasion du cinquantième anniversaire du Traité d’amitié franco-allemand, constituent une belle initiation avec, entre autres superbes pièces, le <i>Goethe</i> (alangui) <i>dans la campagne romaine</i> de Johann Heinrich Wilhelm Tischbein, l’élégante <i>Médée à l’urne</i> d’Anselm Feuerbach, l’impressionnant <i>Arbre aux corbeaux</i> de Caspar David Friedrich, les étonnants <i>Jeux de Néréides</i>, cousines germaines des <i>Filles du Rhin</i>, d’Arnold Böcklin, la formidable <i>Haute montagne </i>de Carl Gustav Carus, peintre et médecin, qui croisa la vie des Schumann.</p>
<p><a href="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/04/01-Tischbein_Goethe-dans-la-campagne-romaine.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1932" alt="01-Tischbein_Goethe dans la campagne romaine" src="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/04/01-Tischbein_Goethe-dans-la-campagne-romaine.jpg" width="784" height="626" /></a><br />
<i>Johann Wolfgang von Goethe selon Tischbein &#8211; </i>© U. Edelmann &#8211; Städel Museum &#8211; ARTOTHEK<br />
&nbsp;</p>
<p><a href="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/04/15-Carus_Haute-Montagne.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1933" alt="15-Carus_Haute Montagne" src="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/04/15-Carus_Haute-Montagne.jpg" width="804" height="642" /></a><br />
La Haute Montagne<i> de Carus – </i>© Museum Folkwang, Essen<br />
&nbsp;</p>
<p><a href="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/04/11-Böcklin_Jeux-des-Néréïdes.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1934" alt="11-Böcklin_Jeux des Néréïdes" src="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/04/11-Böcklin_Jeux-des-Néréïdes.jpg" width="772" height="664" /></a><br />
Les Néréïdes<i> &#8211; De Böcklin à la </i>Tétralogie &#8211; © Kunstmuseum Basel / Martin Bühler<br />
&nbsp;</p>
<p><b>Actualité de Heine</b><br />
Après la visite au Louvre, retrouvez dans votre bibliothèque le <i>De l’Allemagne</i> de Henri Heine (disponible dans la collection <i>tel </i>de Gallimard), filez dans le dernier chapitre « Aveux de l’auteur » et savourez quelques percutantes considérations, sur le peuple, les femmes et autres sujets d’éternelle actualité ; quelle verve !</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><i><a href="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/04/couverture-diap.png"><img class=" wp-image-1962 alignleft" alt="couverture diap" src="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/04/couverture-diap.png" width="121" height="154" /></a>Retrouvez la chronique de Claude Samuel dans la revue </i>Diapason<i> d’avril : « Ce jour-là : 5 juillet 1913 &#8211; Lili Boulanger, premier Grand Prix de Rome »</i></p>
<p>&nbsp;</p>
]]></content:encoded>
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		<item>
		<title>Une Société d’ésotérisme &#8211; La musique en partage &#8211; Le public de Mozart &#8211; Lounatcharski et Prokofiev &#8211; Paris-Berlin &#8211; Lutoslawski, lecteur de Robert Desnos et d’Henri Michaux</title>
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		<pubDate>Fri, 05 Apr 2013 11:48:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Geneviève Golaz</dc:creator>
				<category><![CDATA[Le Regard de Claude Samuel]]></category>
		<category><![CDATA[La musique en partage]]></category>

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		<description><![CDATA[Où est le temps où Claude Debussy, grand amateur de paradoxes, pouvait tranquillement écrire : « Vraiment, la musique aurait dû être une science hermétique, gardée par des textes d’une interprétation tellement longue et difficile qu’elle aurait certainement découragé le troupeau de gens qui s’en servent avec la désinvolture que l’on met à se servir d’un mouchoir de poche ! Or, et en outre, au lieu de chercher à répandre l’art dans le public, je propose la fondation&#8230;]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Où est le temps où Claude Debussy, grand amateur de paradoxes, pouvait tranquillement écrire : « Vraiment, la musique aurait dû être une science hermétique, gardée par des textes d’une interprétation tellement longue et difficile qu’elle aurait certainement découragé le troupeau de gens qui s’en servent avec la désinvolture que l’on met à se servir d’un mouchoir de poche ! Or, <i>et en outre</i>, au lieu de chercher à répandre l’art dans le public, je propose la fondation d’une « Société d’ésotérisme musical » ?</p>
<p>Qui oserait lancer aujourd’hui une telle provocation, politiquement si incorrecte ?</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><b>Un récital citoyen </b></p>
<p>Cela dit, il y a la chose, et il y a les mots… On jongle aujourd’hui avec la « musique en partage », les « concerts de la solidarité », la « dimension participative » des Journées européennes de l’opéra 2012, organisées « sous le signe de la Citoyenneté » (sic !). De la même veine, je propose quelques autres formules bien dans l’air du temps : un « festival de la concertation », par exemple ; « un orchestre alternatif », des « violons de la convivialité », un « concert pour tous », « une gamme démocratique », un « récital citoyen », sans oublier un « Quatuor des nuisances sonores » et une petite « Sonate de la précarité ».</p>
<p>Tout cela révèle, en réalité, au-delà d’arrière-pensées politiques, le désarroi des acteurs culturels qui constatent (et déplorent) le fossé creusé entre ceux qui produisent nos musiques (classiques, contemporaines) et ceux qui sont censés les consommer. Ce fossé est-il nouveau ? Une réponse honnête ne peut être que négative, mais jusqu’à présent qui le constatait (qui le déplorait) ?</p>
<p>On avait hérité de la culture des princes et des salons, sans s’en émouvoir. Et, quoique ayant été créés devant quelques centaines de personnes, mettons, dans certains cas, quelques milliers d’amateurs, les opéras de Mozart ou les symphonies de Beethoven ne portaient nulle trace d’infamie. Une poignée de consommateurs au départ, mais une trace parfois durable et, avec le temps, une véritable percée dans un plus large public. On ne peut exiger tout à la fois la suprématie du qualitatif et du quantitatif, la compréhension immédiate et l’imprégnation dans la durée. Répondre, pour s’en consoler, « musique en partage », « convivialité », « citoyenneté », c’est, si j’ose dire, noyer le poisson dans un langage repeint aux couleurs de l’époque. C’est nier les raisons d’une incompréhension.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><b>La Révolution d’Octobre</b></p>
<p>Tout cela pose un problème politique à l’égard des compositeurs qui, particulièrement en France, vivent largement des crédits publics pour leurs commandes et la diffusion de leur musique, et dont les œuvres, par leur nouveauté, leur modernité, ne recueillent qu’une adhésion limitée, générant un malentendu, parfaitement illustré dans l’histoire récente par les relations des compositeurs russes avec les autorités soviétiques après la Révolution d’Octobre.</p>
<p>Dans un premier temps, le discours fut, et c’est le langage que tint Anatoli Lounatcharski, commissaire du peuple à l’Instruction publique, à Prokofiev en mai 1918, au moment où l’auteur des <i>Trois Oranges</i> avait décidé de développer ses talents sous les cieux plus cléments de l’Occident : « Vous êtes un révolutionnaire dans le domaine de la musique, tandis que nous, nous le sommes dans celui de la vie. Nous sommes faits pour travailler la main dans la main. Toutefois, si vous désirez partir, je ne m’y opposerai pas. » Prokofiev saisit l’occasion et prit le premier bateau pour San Francisco via Vladivostok et Yokohama. Treize ans plus tard, après le constat de l’inévitable divorce entre le discours prospectif de créateurs aventureux et le public auquel ils sont censés s’adresser, le propos sera nettement moins libéral – Paul Weiss, au nom de l’Association russe des musiciens prolétariens : « L’art prolétarien ne doit pas être au-dessus de la mêlée, mais doit y participer. Il doit être réaliste ». Puis, Jdanov : « Tout ce qui est accessible n’est pas génial, mais tout ce qui est vraiment génial est accessible, et d’autant plus génial que plus accessible aux larges masses du peuple. »</p>
<p style="text-align: center"><a href="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/04/Blog-Samuel.png"><img class="size-full wp-image-1921 aligncenter" alt="Blog Samuel" src="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/04/Blog-Samuel.png" width="436" height="277" /></a><br />
<i>Assembl</i><i>é</i><i>e de l’Union des Compositeurs : Prokofiev, Chostakovitch et Khatchatourian </i><i>–</i><i> Trois belles cibles pour le camarade Jdanov. </i></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><b>Paris-Plage</b></p>
<p>Certes, le « compositeur aventureux », qui coule des jours difficiles en France aujourd’hui, n’est pas menacé par un quelconque Goulag, mais son travail, et la diffusion de ce travail dépendent largement de crédits publics, et aussi de la considération que lui portent les pouvoirs officiels. Ce n’est pas en lui parlant de la « Musique pour tous », qu’on l’encouragera à s’engager sur les voies, toujours réinventées, de la modernité.</p>
<p>Il est très significatif qu’interrogée dans une émission de télévision, Anne Hidalgo, candidate déclarée à la succession du maire de Paris, ait répondu à la question : « Qu’avez-vous fait pour la culture ? » : « La Nuit blanche et Paris Plage », ajoutant, devant l’insistance du journaliste : « Et le 104 ! ». Et ce n’est pas un hasard si l’on constate que tant de compositeurs décident aujourd’hui de s’installer à Berlin… Vaste sujet sur lequel je ne manquerai pas de revenir. Oui, je sais, les politiques ont d’autres soucis…</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><b>Gloire à un Polonais centenaire !</b></p>
<p>Comme on pouvait l’imaginer, les bicentenaires de Wagner et de Verdi ont concentré pendant les premiers mois de l’année toute l’attention des programmateurs. Dans mon blog du 11 janvier, j’avais posé la question : et Alkan ? Et Benjamin Britten ? Je suis impardonnable de n’avoir pas ajouté, d’emblée, le nom d’un des compositeurs majeurs du siècle passé pour lequel nos amis polonais tentent à juste titre de nous mobiliser : Witold Lutoslawski (25 janvier 1913 &#8211; 7 février 1994). Son parcours fut exemplaire : de Bartók, dont il subit l’influence (époque de la <i>Musique funèbre</i>) aux  conquêtes du langage contemporain, qu’il pratiqua avec discernement et habileté, ainsi qu’en témoignent ses deux dernières symphonies ; il subit, lui aussi, les assauts de la censure soviétique, mais il fut néanmoins, non sans difficultés, l’une des têtes d’affiche du très éclectique Festival de Varsovie.</p>
<p>J’ajouterai que Lutoslawski était imprégné de culture française. Il parlait notre langue sans faute et presque sans accent ; il lisait nos poètes et mit en musique deux d’entre eux : Robert Desnos et Henri Michaux. Il fut naturellement l’un des premiers et grands invités du Centre Acanthes, en l979, en compagnie d’Henri Dutilleux, auquel on l’associait volontiers sans savoir si ce rapprochement lui faisait vraiment plaisir… Il fit partie également, dès 1977, du jury du Concours Rostropovitch, et son magnifique <i>Concerto pour violoncelle</i> que Slava créa à Londres en 1970 aura toujours été un choix pour la finale de la compétition. Et puis, c’était un homme délicieux, d’une grande élégance, d’une extrême courtoisie ; il se plia de bonne grâce à mes exigences de photographe…</p>
<p><a href="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/04/Lutos-.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1922" alt="Lutos" src="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/04/Lutos-.jpg" width="848" height="588" /></a><br />
<i>Witold Lutoslawski, un Polonais obstiné, réfléchi, détaché des diktats politiques et des révolutions gratuites.</i></p>
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<p><b>Un prochain rendez-vous </b>: l’exécution de la <i>3<sup>e</sup> Symphonie</i> de Lutoslawski, le 7 juin, salle Pleyel, par l’Orchestre Philharmonique de Radio France dirigé par Jukka-Pekka Saraste, dans le cadre de<i> Manifeste</i>, lointain avatar d’Acanthes.</p>
<p><i> </i></p>
<p><i>Retrouvez la chronique de Claude Samuel dans la revue </i>Diapason<i> d’avril : « Ce jour-là : 5 juillet 1913 – Une femme Grand Prix de Rome</i> <i>»</i></p>
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		<title>Des Demoiselles de Rochefort à L’Assassinat du duc de Guise &#8211; La Chevauchée de Coppola &#8211; La viole de Gérard Depardieu &#8211; Charlie Chaplin, compositeur &#8211; Une nouvelle Voix humaine à Favart</title>
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		<pubDate>Fri, 22 Mar 2013 14:53:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Geneviève Golaz</dc:creator>
				<category><![CDATA[Le Regard de Claude Samuel]]></category>
		<category><![CDATA[Expo à la Cité de la Musique]]></category>

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		<description><![CDATA[La visite de l’exposition « Musique et cinéma-Le mariage du siècle » à la Cité de la Musique est d’abord une balade-nostalgie, et c’est même avec quelque surprise que l’on décompte tant de souvenirs cinématographiques à fredonner : de la cithare d’Anton Karas à l’harmonica de Touchez pas au grisbi, des Demoiselles de Rochefort à Chantons sous la pluie, du Moulin-Rouge de Georges Auric au Prokofiev d’Alexandre Newski — partie émergée d’un très vaste continent, où la signature&#8230;]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>La visite de l’exposition « Musique et cinéma-Le mariage du siècle » à la Cité de la Musique est d’abord une balade-nostalgie, et c’est même avec quelque surprise que l’on décompte tant de souvenirs cinématographiques à fredonner : de la cithare d’Anton Karas à l’harmonica de <i>Touchez pas au grisbi</i>, des <i>Demoiselles de Rochefort</i> à <i>Chantons sous la pluie</i>, du<i> Moulin-Rouge </i>de Georges Auric au Prokofiev d’<i>Alexandre Newski — </i>partie émergée d’un très vaste continent, où la signature de cet art visuel, qui naquit avec le muet, explose dans le sonore.</p>
<p><b>Dix-huit minutes de musique</b><br />
Les compositeurs classiques s’y sont frottés, parfois pour le plaisir de l’image, parfois aussi parce qu’il faut bien gagner sa vie. Parmi les pionniers, l’histoire a retenu un certain Camille Saint-Saëns qui offrit au Septième art naissant dix-huit minutes de musique pour évoquer <i>L’Assassinat du Duc de Guise </i>(film en cinq tableaux d’André Calmettes et de Charles Le Bargy) ; l’aventure, très artisanale, des frères Lumière avait commencé treize ans plus tôt et, déjà, l’un des plus illustres compositeurs français acceptait d’établir ce que Marcel l’Herbier nommera plus tard, « un fil rouge tendu entre le film et le spectateur ». Accélérateur d’émotion, signal accompagnant les non-dits ; discrète ou exubérante, la musique est l’indispensable complément de l’image, tant le spectateur est incapable de supporter trois minutes de silence…</p>
<p>Quant à notre musique classique, elle a été largement mise à contribution : Brahms (pour <i>Les Amants</i> de Louis Malle), Mahler (pour <i>Mort à Venise</i> de Visconti), Wagner avec l’inoubliable plongée des hélicos sur un village viet au son de la <i>Chevauchée des Walkyries</i>, rudement traitée par Francis Ford Coppola. Exemples fameux d’une liste inépuisable. La vie agitée des compositeurs est également un bon sujet : Mozart (cher Amadeus !), Berlioz (qu’incarna Jean-Louis Barrault), Liszt, Mahler, Tchaïkovsky dans le délire de Ken Russell, et même Jean-Sébastien Bach, (de la fantaisie de Walt Disney à l’austérité de Jean-Marie Straub), et bien naturellement Marin Marais avec Gérard Depardieu en violiste… Il y a en a vraiment pour tous les goûts, et c’est une gageure de traiter le sujet en une seule fois et un seul  lieu, quelles que soient la richesse des documents rassemblés, la pertinence des informations, la variété des images projetées.</p>
<p align="center"><a href="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/03/75.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1901" alt="75" src="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/03/75.jpg" width="835" height="606" /></a> <i>La caméra statique de Jean-Marie Straub, et Gustav Leonhardt emperruqué dans le rôle du Cantor </i><i>(Ph. Straub-Huillet/Belva films)</i></p>
<p><b>Ces merveilleux Italiens…</b><br />
Oui, je le répète, c’est à une balade-nostalgie que nous invite N.T. Binh, commissaire de l’exposition et responsable d’un catalogue publié par Actes Sud, où l’on croise Charlie Chaplin (lui-même compositeur), Stanley Kubrick (et György Ligeti, son involontaire collaborateur), et ces merveilleux Italiens que sont Nino Rota et Ennio Morricone, lequel voulait tant que l’on joue une de ses partitions au Festival de Royan, j’avais reçu le message&#8230; Car les musiciens de films font des complexes. Je me souviens notamment de Maurice Jarre, rencontré à l’époque du TNP, avec lequel j’ai planché, en qualité d’éventuel librettiste, sur un projet d’opéra d’après <i>Le Château</i> (sinon le <i>Procès</i> ?) de Franz Kafka. Mais on ne résiste pas au succès de <i>Laurence d’Arabie </i>!</p>
<p style="text-align: center"><a href="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/03/937.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1902" alt="937" src="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/03/937.jpg" width="785" height="837" /></a> <i>Charlot, chef d’orchestre grandiose !</i><i>(photo Rue des Archives/AGIP)</i></p>
<p>Je ne voudrais pas quitter le sujet sans ma propre nostalgie : Maurice Le Roux, qui considérait le cinéma comme l’opéra de notre temps et dont l’un des grands bonheurs fut, en tant que juré à Cannes, de se battre avec succès pour que <i>l’Avventura</i> figurât au palmarès du Festival ; « C’est du Webern » me disait-il… ; Georges Delerue, avec lequel je me suis de temps en temps entretenu devant des micros ; Michel Fano, cet ancien élève d’Olivier Messiaen et premier exégète français de <i>Wozzeck</i>, qui œuvra moins pour la « musique de film » que pour un univers sonore, avec ou sans instruments, tel que l’a révélé le magnifique <i>Territoire des autres</i>, et <i>L’Immortelle </i>d’Alain Robbe-Grillet avec sa fugue d’aboiements de chiens<i>… </i>; enfin l’irrésistible Michel Legrand qui, depuis ces dernières années, est devenu ami cher, au-delà de quelques divergences sur le front de notre avant-garde.</p>
<p><a href="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/03/390.jpg"><img class="alignnone size-large wp-image-1903" alt="390" src="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/03/390-686x1024.jpg" width="584" height="871" /></a> <i>Et Alfred Hitchcock, indissolublement lié au compositeur Bernard Herrmann </i><em>(Paramount Pictures)</em></p>
<p>Vous avez jusqu‘au 18 août pour faire votre marché dans l’exposition foisonnante de la Cité de la Musique, dont vous n’épuiserez pas les plaisirs au cours d’une unique visite.</p>
<p>ILS ONT DIT :</p>
<p><b>Jean Renoir </b>: « L’accompagnement musical employé trop souvent dans les films n’est qu’une répétition du dialogue… Je croirai beaucoup plus au contrepoint en matière d’accompagnement de films. Il me semble qu’il faudrait avec les mots : « Je vous aime » mettre une musique qui dise : « Je m’en fous »…</p>
<p><b>Igor Stravinsky </b>: « Je reconnais que la musique constitue un appoint indispensable au film sonore. Elle assure les transitions, remplit les vides de l’écran et alimente les haut-parleurs en sons plus ou moins agréables. Le film ne saurait s’en passer, pas plus que je ne saurais moi-même me passer de tapisser de papier peint les parties nues de mon studio. Mais ne me demandez pas de considérer mon papier peint comme une peinture ou de lui appliquer les canons de l’esthétique ».</p>
<p><b>Louis Malle </b>: « Je trouverais très suspecte une musique de film qui soit bonne en soi (…) Ce que j’attends de la musique, c’est qu’elle enrichisse un film, qu’elle lui apporte quelque chose de différent, d’inattendu. Pour être réussie, une musique de film doit être à la fois le complément, le contraire et le commentaire de l’image ».</p>
<p><b>Serge Prokofiev </b>: « Le cinéma est un art jeune, correspondant à notre époque, qui offre au compositeur des possibilités nouvelles et intéressantes à exploiter ; il doit les approfondir et ne pas se contenter d’écrire de la musique pour la donner ensuite aux personnes chargées au studio de l’inscription sur la pellicule ».</p>
<p><b>Aaron Copland </b>: « La musique de film est une petite flamme placée sous l’écran pour l’aider à s’embraser ».</p>
<p><a href="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/03/affiche.png"><img class="size-full wp-image-1904 aligncenter" alt="affiche" src="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/03/affiche.png" width="467" height="498" /></a></p>
<p><b>Une douloureuse confession</b><br />
« Elle », personnage unique de la <i>Voix humaine</i> de Francis Poulenc, revient sur les terres de sa naissance : l’Opéra-Comique ; et, malgré tout ce temps passé (un très grand demi-siècle), je garde un souvenir très fort de l’élégante scénographie de Jean Cocteau et, plus encore, de la  présence saisissante de Denise Duval, femme amoureuse, délaissée, pathétique, désespérée.</p>
<p>Reprenant la correspondance de Francis Poulenc, réunie et présentée par Myriam Chimènes pour Fayard, je retrouve — l’avais-je oublié ? — que le compositeur, inspiré par la pièce de Cocteau, considérait que sa « tragédie lyrique » était, en quelque sorte, auto-biographique. Il écrivait, le 30 janvier 1959 à Rose Plaut, cantatrice américaine interprète de ses mélodies aux Etats-Unis : « Ma <i>Voix humaine</i> passe le 6 février à Paris. Duval y est sublime dans une étonnante mise en scène de Cocteau. Je vous enverrai la musique de cette atroce tragédie (la mienne). C’est une confession musicale !!! » Il est sexagénaire, il vivait dans la douleur sa propre passion contrariée, et comment tourner la page ?</p>
<p><b>Ah ! mes <i>Biches</i>, mes <i>Mamelles</i> !!</b><br />
Confidence à son amie Simone Girard : « A la vérité cet enfant me fait peur. C’est la dernière fois que je fais pleurer. J’ai entendu ce matin <i>Les</i> <i>Mamelles</i> (<i>de Tirésias</i>) à la radio. Que j’étais heureux alors ! » et, plus loin : « Priez pour moi le ciel afin que je retourne à la gaieté. Assez de religieuses assassinées, de femme plaquée. Ah ! mes <i>Biches</i>, mon <i>Bal</i>, mes <i>Mamelles</i> !! »</p>
<p>Oui, Poulenc avait joué naguère en virtuose de la sensualité, de l’humour, de la pirouette, mais il n’était  pas moins inspiré dans le registre du drame. Lignes lucides à l’intention de Louis Aragon : « Je pense qu’il me fallait l’expérience de l’angoisse métaphysique et spirituelle des <i>Dialogues des Carmélites</i> pour ne pas trahir l’angoisse terriblement humaine du superbe texte de Jean Cocteau. Puissé-je avoir réussi ma tâche. »</p>
<p style="text-align: center"><a href="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/03/VOIX_HUMAINE_02-l-Kostohryz.jpg"><img class="alignnone size-large wp-image-1910" alt="VOIX_HUMAINE_02-l Kostohryz" src="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/03/VOIX_HUMAINE_02-l-Kostohryz-682x1024.jpg" width="584" height="876" /></a> <i>Anna Caterina Antonacci</i>, <i>héroïne d’une « atroce tragédie »</i></p>
<p>Dans son propre langage, car ce sont avec les mêmes tournures mélodiques, les mêmes harmonies, les mêmes astuces instrumentales qu’il exprime son impertinence ou son amertume, Poulenc a composé un chef-d’œuvre d’émotion. Ce n’est pas en vain que l’artiste souffre le martyre pour un auditeur qui compatit, de loin… Il compatit d’autant mieux en ce début de printemps que le spectacle présenté sur la scène de Favart est, en tous points, réussi : scénographie tournante monochrome mais ingénieuse de Ludovic Lagarde, belle prestation de l’Orchestre Philharmonique du Luxembourg conduit avec vivacité par Pascal Rophé et présence rayonnante d’Anna Caterina Antonacci qui, vocalement et scéniquement, donne la mesure de ce rôle extraordinaire.</p>
<p><b>Et le tabac…</b><br />
<i>La</i> <i>Voix humaine</i>, à la gloire du téléphone (avec ses ratés d’époque) est introduit par <i>Il Segreto di Susanna</i>, ravissant « Intermezzo » en un acte d’Ermanno Wolf-Ferrari à la gloire du tabac, que je vous laisse découvrir, mais pressez-vous : seulement jusqu’au 29 mars…</p>
<p align="center"><a href="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/03/SEGRETO_01_051-l-Kostohryz.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1905" alt="SEGRETO_01_051 -l Kostohryz" src="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/03/SEGRETO_01_051-l-Kostohryz.jpg" width="804" height="536" /></a> <i>La cigarette, symbole de l‘émancipation féminine</i></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><i>Retrouvez la chronique de Claude Samuel dans la revue </i>Diapason<i> de mars : « Ce jour-là : 24 février 1607, la création de</i> l’Orfeo <i>»</i></p>
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		<title>Richter dans l’île &#8211; Rachmaninov et Bartok &#8211; Hiroyuki Iwaki &#8211; Richter à Paris &#8211; Idil Biret chez Naxos &#8211; l’Archipel de Boucourechliev &#8211; Un pape pour Messiaen</title>
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		<pubDate>Fri, 15 Mar 2013 14:36:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Geneviève Golaz</dc:creator>
				<category><![CDATA[Le Regard de Claude Samuel]]></category>
		<category><![CDATA[Bartok]]></category>
		<category><![CDATA[Boucourechliev]]></category>
		<category><![CDATA[Hiroyuki Iwaki]]></category>
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		<category><![CDATA[Olivier Messiaen]]></category>
		<category><![CDATA[Rachmaninov]]></category>
		<category><![CDATA[Sviatoslav Richter]]></category>

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		<description><![CDATA[Rachmaninov, pourquoi pas ? Il m’arrive rarement d’écouter un concerto de Rachmaninov pour le plaisir ; ce post-romantisme attardé avec effusions et morceaux de bravoure m’exaspère plus qu’il ne me touche. Je pense parfois aux deux grandes heures que j’ai passées jadis, en tête-à-tête avec Sviatoslav Richter en Corse, dans une maison perdue au bord de la côte qu’il avait louée à l’occasion d’un concert donné dans l’île ; notre conversation était limitée : il ne&#8230;]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><b>Rachmaninov</b>, pourquoi pas ? Il m’arrive rarement d’écouter un concerto de Rachmaninov pour le plaisir ; ce post-romantisme attardé avec effusions et morceaux de bravoure m’exaspère plus qu’il ne me touche. Je pense parfois aux deux grandes heures que j’ai passées jadis, en tête-à-tête avec Sviatoslav Richter en Corse, dans une maison perdue au bord de la côte qu’il avait louée à l’occasion d’un concert donné dans l’île ; notre conversation était limitée : il ne parlait pas un traître mot de français et moi, pas le moindre mot de russe. On échangeait avec des bribes d’allemand ou d’anglais, gestes et mimiques. À un moment, le nom de Rachmaninov surgit, si j’ose dire, dans la conversation&#8230; À ma grimace, il comprit que je partageais les préjugés de la jeune garde des années soixante ; sans un mot, il s’installa donc devant un piano d’études qu’il avait dû louer pour la période et attaqua je ne sais lequel des Préludes. Le cadre y fit sans doute quelque chose, et le privilège dont j’étais le bénéficiaire : un petit récital du grand Richter pour moi seul ; tout de même, j’avais commencé à fendre l’armure et Rachmaninov était soudain devenu très fréquentable…</p>
<p><b>Disques pirates</b><br />
J’ai lancé ensuite le nom de Béla Bartók, dont la musique, à l’époque, n’était pas encore entrée dans le grand répertoire — « Que pensez-vous du <i>2<sup>e</sup> Concerto pour piano</i> ? », le plus moderne, le moins joué de ses concertos ? « Personne, me dit-il, ne me l’a encore proposé. » Et pourquoi pas, lui ai-je répondu, au Festival de Royan, l’année prochaine ? Et Richter vint, en effet, pour un soir dans ce festival de création, et joua le <i>Deuxième Concerto</i> de Bartók au cours d’une soirée mouvementée (dont je raconterai un jour les détails) en compagnie du chef japonais Hiroyuki Iwaki lequel, rencontré plus tard à Tokyo, évoqua cette collaboration et me parla de l’enregistrement qui avait été fait à cette occasion. J’étais bien placé pour savoir que, si le concert avait bien été enregistré par la radio, aucun enregistrement discographique n’avait été réalisé. « Je vous montrerai le disque tout à l’heure », me dit-il. En effet. C’était un « pirate » italien réalisé à la hâte, avec des moyens de fortune. Méfiez-vous des pirates !</p>
<p><a href="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/03/Richter.png"><img class="alignnone size-full wp-image-1875" alt="Richter" src="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/03/Richter.png" width="770" height="488" /></a> <i>Sviatoslav Richter au Festival de Royan 1966, avec l’Orchestre National de France</i></p>
<p><b>Dernier récital</b><br />
Et puisqu’il est question de Richter qui, je le rappelle, a quitté ce monde le 1er août 1997, comment oublier nos dernières rencontres ? Connaissant son goût pour les lieux historiques, je lui avais parlé de la merveilleuse salle de l’ancien Conservatoire (aujourd’hui, conservatoire national d’art dramatique), la plus ancienne salle de concerts de Paris (1811 !) et de son acoustique miraculeuse. « Lorsque vous reviendrez à Paris, je vous emmènerai&#8230; »</p>
<p>Quelques mois plus tard, j’étais dans mon bureau de Radio France lorsque je reçus un appel téléphonique d’un ami commun : « Richter se souvient de cette salle dont vous lui avez parlé, il voudrait y jouer » — « Quand ? » — « La semaine prochaine ! ». Il était ainsi, Richter, imprévisible, incapable de confirmer une date ou un programme des mois à l’avance, mais disponible dans l’instant. Et que se passa-t-il alors ? Nous mîmes sur pied six jours plus tard  un récital Richter que France Musique enregistra ; par privilège spécial (et grâce au nom du soliste), nous eûmes droit à la salle, et quelques communiqués d’antenne au début de la matinée permirent de boucler la location avant midi. Ce fut, j’imagine, la dernière apparition de Richter sur une scène parisienne&#8230; Joua-t-il, en bis, un Prélude de Rachmaninov ?&#8230;</p>
<p><b>Une pianiste turque</b><br />
Retour sur Rachmaninov. La pianiste Idil Biret vient de m’offrir le douzième volume de son « Archive Edition » : <i>Six moments musicaux op.16</i>, <i>Variations sur un thème de Corelli</i> et trois des <i>Préludes</i> de l’opus 32. Du magnifique piano, sonorité grandiose, sobriété du style. Comme au cours de ma lointaine journée corse, pas de préjugés, me suis-je dit&#8230; Mais je veux saisir l’occasion pour revenir sur l’extraordinaire parcours d’Idil Biret, cette grande artiste qui, grâce à un ambitieux contrat avec la compagnie Naxos, a enregistré un nombre incroyable d’intégrales — y compris les trois <i>Sonate</i> de Boulez — mais qui, à cause de ce contrat avec Naxos (société qui, comme l’on sait, cassant les prix, est mal vue par la concurrence) subit quelques désagréments pour la poursuite de sa carrière.</p>
<p><a href="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/03/Idil-Biret.png"><img class="alignnone size-full wp-image-1876" alt="Idil Biret" src="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/03/Idil-Biret.png" width="993" height="678" /></a><i>Idil, la surdouée, telle que je l’ai rencontrée…</i></p>
<p><b>Bonne école !</b><br />
Dans un joli livre d’entretiens, sous-titré « Une pianiste turque en France » (Entretiens avec Dominique Xardel, Ed. Buchet-Chastel, 2006), Idil Biret raconte comment, à onze ans, elle joua au Théâtre des Champs-Elysées le <i>Concerto pour deux pianos</i> de Mozart avec Wilhelm Kempff avant d’entreprendre des études au Conservatoire de la rue de Madrid. Elle eut pour maîtres Nadia Boulanger et Alfred Cortot, bonne école ! Je la connus lorsqu’elle avait dix-neuf ans, et des idées déjà bien arrêtées ; brève collaboration (Brahms-Prokofiev-Bartok) pour les disques Véga) avant de l’entraîner vers le répertoire contemporain et, comme Richter, dans ce haut lieu de l’avant-garde que fut le Festival de Royan. C’est ainsi qu’en compagnie de Jean-Claude Casadesus (alors percussionniste), de Jean-Pierre Drouet et de Georges Pludermacher, elle participa à la création d’<i>Archipel I </i>d’André Boucourechliev, qui fit sensation et connut une longue postérité.</p>
<p>Idil Biret est l’une des artistes les plus cultivées que j’ai connues, passant ses nuits dans la lecture des auteurs les plus pointus ; elle possède aussi une extraordinaire mémoire. Si vous la croisez devant un piano, n’hésitez pas à lui demander la pièce de votre choix. Petit jeu que je lui proposai un jour dans une émission publique de Radio France : un auditeur lança un titre au hasard, Idil Biret s’exécuta sur-le-champ&#8230;</p>
<p>Quant à Rachmaninov&#8230; Dire qu’aujourd’hui il est mon auteur favori serait excessif, mais il n’est plus banni de mon paysage musical&#8230; Merci Richter, merci Idil !</p>
<p><b>Dernière minute</b><br />
Le nouveau pape s’appelle François. Outre-tombe, Olivier Messiaen qui croyait, dur comme fer, à la vie éternelle, est en plein bonheur ! C’est aussi la fête des Merles, Chouette hulotte et autres Fauvette des jardins&#8230;</p>
<p><a href="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/03/Messiaen.png"><img class="alignnone size-full wp-image-1877" alt="Messiaen" src="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/03/Messiaen.png" width="532" height="806" /></a> <i>L’auteur de </i>Saint François d’Assise<i>, l’un des opéras les plus longs du répertoire, prend des notes… sur place.</i></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><i>Retrouvez la chronique de Claude Samuel dans la revue </i>Diapason<i> de mars : « Ce jour-là : 24 février 1607, la création de</i> l’Orfeo <i>»</i></p>
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		<title>Le goût de l’écriture &#8211; Minna et Cosima &#8211; La cousine de Mozart &#8211; La cuisinière de Debussy &#8211; L’égyptologue de Poulenc &#8211; Darius Milhaud et Wagner &#8211; Jérôme Savary, l’iconoclaste &#8211; Le 5 mars 1953</title>
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		<pubDate>Fri, 08 Mar 2013 12:28:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Geneviève Golaz</dc:creator>
				<category><![CDATA[Le Regard de Claude Samuel]]></category>
		<category><![CDATA[Le goût de l’écriture]]></category>

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		<description><![CDATA[Savez-vous encore écrire ? Je veux dire écrire, à l’époque du numérique, avec un bon vieux stylo, écrire avec le goût des mots choisis, dans le respect des règles de la langue française ?  Ecrire, tout simplement, une lettre manuscrite pour conserver une trace de votre vie quotidienne et la faire partager à vos amis. Une pratique à laquelle des musiciens, parmi les plus grands, se sont livrés jadis quotidiennement, une pratique obsolète qui, outre le plaisir&#8230;]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Savez-vous encore écrire ? Je veux dire écrire, à l’époque du numérique, avec un bon vieux stylo, écrire avec le goût des mots choisis, dans le respect des règles de la langue française ?  Ecrire, tout simplement, une lettre manuscrite pour conserver une trace de votre vie quotidienne et la faire partager à vos amis. Une pratique à laquelle des musiciens, parmi les plus grands, se sont livrés jadis quotidiennement, une pratique obsolète qui, outre le plaisir de la lecture, nous a généreusement offert une mine d’informations signées Mozart, Berlioz, Wagner, Debussy&#8230; Cette rage épistolaire aura duré trois petits siècles et nous aura autant éclairés sur les mœurs et coutumes de la société musicale européenne que sur les grandeurs et petitesses, souffrances, espérances et vanités liées, des plumes concernées.</p>
<p><b>Wagner, 12 000 lettres ?</b><br />
Le livre de Christophe Looten, <i>Bons baisers de Bayreuth</i>, sous-titré « Richard Wagner par ses lettres », que vient de publier Fayard, nous apprend ainsi que les spécialistes ont recensé 9 030 lettres de Wagner mais, ajoute l’auteur, ce sont plutôt 12 000 lettres qu’aurait rédigées l’auteur de <i>Parsifal</i> !</p>
<p>Lettres d’amour à sa première femme : « Minna, je ne peux te décrire l’état dans lequel je suis : tu es partie et mon cœur est brisé. Je suis assis là, à peine maître de moi-même, je pleure et sanglote comme un enfant ». Trente-six ans plus tard, à Cosima : « Ma chère sublime, précieuse ! Merveilleuse ! Vite un mot avant d’aller au lit, puisque je n’ai pas pu te l’envoyer par télégramme. Amour unique ! Sois de bonne humeur ! Je t’aime toujours, toujours plus », et le lendemain : « Je t’aime comme personne n’a jamais aimé. Toi, bénie, aimée, femme merveilleuse ! » ; il écrira aussi (en français) à Judith Gautier : « Vous êtes ma richesse, mon superflu enivrant (..) vous me comprenez »… Entre-temps, il avait confié à Mathilde Wesendonck : « Souvenez-vous, mon cher enfant, que je n’ai que vous sur cette terre, que je vis pour vous, par vous et avec vous… »</p>
<p><b><a href="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/03/couverture-Wagner.jpg"><img class="alignnone  wp-image-1860" alt="couverture Wagner" src="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/03/couverture-Wagner.jpg" width="285" height="449" /></a> </b></p>
<p><b>Un prince halluciné</b><br />
Oui, les lettres révèlent les intermittences du cœur. Elles témoignent également des basses flatteries auxquelles un compositeur génial doit se résigner face à un jeune prince halluciné qui règne sur la Bavière (« Doux seigneur aimé par-dessus tout et ami… »), des rivalités : « Berlioz a succombé à la jalousie. Mes efforts pour rester son ami ont échoué à cause de l’excellent accueil qu’a reçu ma musique, ce qui lui est insupportable », des fausses modesties : « Au nom du Ciel, écrit Wagner à Meyerbeer le 26 juillet 1840, veuillez ne pas prendre mal le fait que je vous ennuie à nouveau avec le souvenir de mon insignifiante personne. J’ignore si vous avez gardé le moindre intérêt pour moi et l’espère d’autant moins que je suis de plus en plus conscient de mon peu de valeur » !</p>
<p>Et Wagner n’est pas un cas d’école. Ils ont (presque) tous écrit d’innombrables lettres, avec plus ou moins de talent, de franchise, d’habileté. Pour moi, incontournables, les cinq volumes (édités chez Flammarion) de la correspondance de Mozart. Piqué au hasard, et daté du 13 novembre 1777 : « Ma très chère Nièce, Cousine ! fille ! Mère, Sœur et Epouse ! Tonnerre du ciel, mille sacristies, Croates de malheur, diables, sorcières, bataillons de croisés à n’en plus finir, morbleu, éléments, air, eau, terre et feu, Europe, Asie, Afrique et Amérique, jésuites, augustins, bénédictins, capucins, minorites, franciscains, dominicains, chartreux et chevaliers de la Sainte-Croix, etc… » et, quelques lignes plus loin, ce garnement (déjà âgé de vingt-et-un ans) verse dans la scatologie !</p>
<p><b>Cris et trépignements</b><br />
Non moins incontournables, les sept volumes de la correspondance de Berlioz publiés également par Flammarion. L’auto-dithyrambe à la puissance dix : «…mon concert a eu lieu hier avec un succès extraordinaire. La <i>Symphonie fantastique </i>a été accueillie avec des cris, des trépignements ; le public a redemandé la <i>Marche au supplice </i>(…) Spontini s’est écrié : « Il n’y a jamais eu qu’un homme capable de faire un pareil morceau, c’est Beethoven ; c’est prodigieux ! » Pixis m’a embrassé, et plus de cinquante autres. C’était une fureur. Liszt le célèbre pianiste m’a pour ainsi dire emmené de force dîner chez lui en m’accablant de tout ce que l’enthousiasme a de plus énergique »…</p>
<p>Non moins captivantes, les 2 330 pages de la correspondance de Debussy, au catalogue Gallimard. Jusqu’aux délicieux et impertinents petits billets — à Paul Jean Toulet, le 19 juillet 1911 : « Cher ami, Excusez-nous, mais nous voilà encore sans cuisinière. Et cela devient presque aussi difficile à trouver — surtout à conserver — qu’un ministre républicain.<br />
Nos affectueuses pensées. Votre ami Claude Debussy »</p>
<p>Non moins délectables, les 1 129 pages de lettres de Francis Poulenc, où vagabonde une pensée légère — le 17 mars 1954, l’auteur de <em>La</em> <i>Voix humaine</i> interpelle Marie-Blanche de Polignac : « Comtesse aimée, Vous souvenez-vous de l’emportement de votre Poulette, d’habitude si paisible, devant les Fra Angelico du Palais Labial de Venise. C’est à peu près mon état d’esprit en Egypte où j’ai l’impression de sans cesse « aller chercher ma clef » chez les marbriers du Père-Lachaise. Cet art uniquement basé sur la mort me déprime et m’ennuie et j’ai souvent envie de mordre un égyptologue (en général fort laids !!!) qui s’attarde sur la 3<sub><sup>e</sup></sub> dynastie alors que je souhaiterais en être déjà à la 18<sub><sup>e</sup></sub>… »</p>
<p>Quant au recensement des missives ravéliennes, très dispersées, il vient d’être l’objet d’une bourse octroyée par la Sacem dans le cadre du Prix des Muses. Le <i>Boléro</i> n’aurait-il pas encore livré tous ses secrets ?</p>
<p>Oui, nous sommes indiscrets, tout en étant ravis de jeter un œil au-dessus de l’épaule des destinataires, et nous osons même regretter toutes ces lettres qui ont été volontairement détruites, ces échanges de lettres intimes entre Clara Schumann et Johannes Brahms lesquels, l’âge venu, se sont renvoyé leurs lettres respectives avec promesse de destruction, ce que fit, hélas, Clara, mais pas Johannes !</p>
<p><b>Vive le papier !</b><br />
Par bonheur, on n’avait pas encore inventé la correspondance numérique qui, tout à fait éphémère (osons dire : vive le papier !), est aussi bien plus indiscrète et, vice majeur selon moi, dédaigne la moindre contingence syntaxique…</p>
<p>(Je signale que Pierre Boulez qui, plus que tout autre, a œuvré dans le domaine de la technologie avancée, ne possède ni téléphone portable, ni ordinateur personnel… Tout n’est pas perdu).</p>
<p>Plongée, pour finir, dans mes archives épistolaires… J’étais alors au Festival de Bayreuth et, par courrier postal, rapportai à Darius Milhaud, anti-wagnérien notoire, le scandale de l’année : dans une nouvelle mise en scène, Wieland Wagner avait coupé quelques minutes dans l’œuvre de son aïeul. Carte en retour de Milhaud :</p>
<p><a href="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/03/lettre-Milhaud-OK.jpg"><img class="alignnone  wp-image-1861" alt="lettre Milhaud OK" src="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/03/lettre-Milhaud-OK-597x1024.jpg" width="285" height="488" /></a><br />
<i>Pertinence de la réplique, émotion de l’écriture…</i></p>
<p><b>Le Grand Magic Circus</b><br />
Les hommages se succèdent, omettant de signaler que Jérôme Savary (décédé lundi dernier) a été constamment en butte aux contestations et aux critiques : pour son insolence et l’impudeur revendiquée de ses premiers spectacles, pour les libertés qu’il s’accordait dans sa fréquentation de quelques monuments de l’art lyrique, puis pour son adhésion à un système qu’il prit un malin plaisir à pervertir, pour son mépris des mises en scène trop léchées, pour son exubérance, son impertinence affichée jusque sur les scènes officielles (ah ! on ne fut pas tendre pour lui, ni financièrement généreux lorsqu’un gouvernement lui confia l’Opéra-Comique !).</p>
<p>Sans avoir entretenu des relations professionnelles très poussées (sinon, lorsque je l’ai invité aux Rencontres d’art contemporain de La Rochelle pour présenter <i>Cendrillon et la lutte des classes</i>), j’ai entretenu avec cet homme si singulier, si détaché des conventions en usage, une très spéciale complicité. Et il me rappela souvent que j’avais appartenu, jeune journaliste, au premier bataillon des fans du Grand Magic Circus, dont le tohu-bohu, dans la mouvance de mai 68, nous réjouissait sur la scène de la lointaine Cité Universitaire. Un souvenir plus tardif : l’irrésistible <i>Périchole</i> montée en 1982 au Grand Théâtre de Genève, sous le règne d’Hugues Gall. À Genève comme à Paris, à Berlin comme à Milan, l’iconoclaste fit souffler un grand coup d’air frais sur nos sociétés trop souvent coincées.</p>
<p><a href="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/03/Savary.jpg"><img class="alignnone  wp-image-1863" alt="Savary" src="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/03/Savary.jpg" width="285" height="425" /></a><br />
<i>Le théâtre, la musique, les femmes, les cigares…</i></p>
<p><b>La Russie éternelle</b><br />
La presse française évoque cette semaine le soixantième anniversaire de la mort de Staline. Le  5 mars 1953. Ce même jour, Prokofiev mourait dans sa datcha, à proximité de Moscou. Il paraît que les Russes, qui ont souffert sous Staline et applaudirent à sa disparition, commencent à le regretter… Prokofiev (et Chostakovitch), que le petit père des peuples a cyniquement humiliés, doivent se retourner dans leur tombe… Rostropovitch aussi qui, de retour en Russie après son long exil occidental, ne se faisait pas d’illusion. Quant à l’auteur de <i>Pierre et le loup</i>, rappelons qu’il est mort ce même 5 mars 1953, et que l’on ne trouva plus dans tout Moscou la moindre fleur pour accompagner ses obsèques.</p>
<p><a href="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/03/Prokofiev.png"><img class="alignnone size-full wp-image-1857" alt="Prokofiev" src="http://blogs.qobuz.com/claudesamuel/wp-content/uploads/sites/33/2013/03/Prokofiev.png" width="593" height="787" /></a><br />
<i>Serge Prokofiev : une fin de vie douloureuse, maladie et surveillance politique</i></p>
<p><b>Les trois oranges</b><br />
Soixante ans, déjà — <i>Pierre et le loup</i> se porte toujours à merveille et Prokofiev reste sans doute l’auteur du XX<sub><sup>e</sup></sub> siècle qui capitalise le plus grand nombre d’œuvres appréciées par le grand public : de la <i>Symphonie classique</i> au <em>3<sub><sup>e</sup></sub></em><i>Concerto pour piano</i>, en passant par <i>Alexandre Newsky</i>, <i>Roméo et Juliette</i> et autres <i>Marche des trois oranges </i>!</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><i>Retrouvez la chronique de Claude Samuel dans la revue </i>Diapason<i> de mars : « Ce jour-là : 24 février 1607, la création de</i> l’Orfeo <i>»</i></p>
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